Travailler plus longtemps en bonne santé : est-ce possible ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Parce que l'espérance de vie n'a cessé d'augmenter et que le taux de fécondité a diminué, impliquant des questions de soutenabilité des régimes de protection sociale, les pouvoirs publics de nombreux pays européens ont entrepris d’accroître la durée du travail. Reste à savoir si l’allongement de la durée de la vie active est compatible avec l'état de santé des citoyens. Dans cet objectif, des chercheurs ont analysé la relation entre l'espérance de vie au travail et l'espérance de santé, en distinguant trois dimensions de la santé : santé physique, santé cognitive et l'état de santé général, et ce pour différents groupes d'âge et selon le niveau d’éducation.

Hétérogénéité entre pays et entre sexe

Dans l’ensemble, les résultats indiquent que l’augmentation de la durée de vie active est possible mais avec une disparité selon les niveaux d’éducation, le sexe et le pays. Alors que l’âge de la retraite est fixé selon les pays européens entre 63 et 67 ans, la part des femmes sans limitations de leur activité au-dessus de 50 ans est comprise entre 38,3% et 71,5% selon les pays (52,9% en France) et ceux qui étaient en bonne santé cognitive ou physique au-delà de cet âge étaient respectivement comprises entre 57,7 et 86,8% (France 80,4%) et entre 32,6 et 82,4% (France 73,4%). Chez les hommes, ceux qui étaient sans limitation de leur activité au-dessus de 50 ans étaient entre 39,4% au Portugal et 77,5% en Grèce (58,2% en France), et ceux qui étaient en bonne santé cognitive ou physique au-delà de cet âge étaient respectivement compris entre 49,2% et 86,1% (France 77,8%) et entre 48,0% et 82,2 % (France 70,8%). L’étude relève par ailleurs que la part des femmes et des hommes économiquement actifs parmi les 60-64 ans est très disparate, comprise respectivement entre 14,2% (Luxembourg) et 69,2 % (Suède) (France 31,7%) et entre 21,3 (Luxembourg) et 74,6% (Suède) (France 31,2%).

Dans les pays où la part des femmes actives de 50 à 59 ans est relativement élevée, l’espérance de vie active était supérieure à celle des années de vie en bonne santé, avec un nombre d'années attendu en bonne santé cognitive ou physique supérieur à l’espérance de durée de vie active. Les mêmes tendances étaient observées chez les hommes, avec des contrastes plus accentués suggérant que l’aptitude à accroître la durée de travail soit plus envisageable chez les femmes, et tout en gardant à l’esprit les disparités entre pays. Pour la tranche d’âge de 60 à 69 ans, l’espérance de vie active était inférieure à l’espérance de vie en bonne santé pour les deux sexes.

S’il existe un potentiel d'allongement de la vie professionnelle au-delà des âges légaux actuels, les auteurs soulignent l’importance de prendre en compte la forte hétérogénéité observée par ailleurs selon le niveau d’éducation que ce soit en termes de santé ou de capacité à travailler au-delà des âges de sortie du marché du travail.