Transmission du SARS-CoV-2 au sein d’un car chinois : l’hypothèse de la voie aérienne confortée

  • Shen Y & al.
  • JAMA Intern Med
  • 1 sept. 2020

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon cette étude chinoise menée sur une cohorte de 128 passagers de cars se rendant à un rassemblement bouddhiste, le taux d’infection par le SARS-CoV-2 des passagers d’un car transportant une personne asymptomatique porteuse du virus, a été beaucoup plus important (34%) que celui observé au sein d’un bus similaire et se rendant à la même destination (0%), mais sans passager contaminé.
  • Les deux cars utilisaient une climatisation qui faisait circuler l’air intérieur sans le renouveler et qui, selon les auteurs, serait largement responsable de la dissémination du virus au sein du car.
  • S’ajoutant à d’autres, ces résultats sont en faveur d’une transmission du virus par voie aérienne en milieu confiné ou insuffisamment ventilé, et doivent être pris en compte dans les mesures de prévention et de gestion de l’épidémie.

 

Pourquoi est-ce important ?

Les gouttelettes émises lors de la toux, d’éternuements, voire de postillons au cours d’une simple discussion, ou encore la contamination des mains par des objets souillés, sont considérées comme constituant la principale voie de transmission du SARS-CoV-2. Cependant la transmission par voie aérienne de particules virales en suspension dans l’air (aérosols), bien que suspectée, est encore peu documentée. Elle a en revanche été clairement décrite pour d’autres coronavirus comme le SARS et le MERS. L’analyse épidémiologique minutieuse de la transmission du virus au sein d’un car chinois et rapportée par le JAMA Internal Medicine indique que la voie aérienne a pu jouer un rôle dans la dissémination de l’épidémie dans l’Est de la Chine.

Méthodologie

L’étude a analysé le risque d’infection par le SARS-CoV-2 de passagers ayant pris 2 cars différents pour aller assister à un rassemblement au sein d’un temple bouddhiste dans la province du Zhejiang en Chine. Les deux cars étaient équipés d’un système de climatisation qui faisait circuler l’air intérieur sans le renouveler. Le trajet durait 50 minutes aller, soit 100 minutes de trajet au total et tous les passagers sont restés sur leur siège au cours de chaque trajet et ont repris la même place lors du voyage de retour. Aucun ne portait de masque. Les données ont été recueillies via questionnaires et entretiens téléphoniques, par les équipes du Centre local de prévention et de contrôle des maladies en février 2020. Puis le risque de contamination a été comparé entre les passagers des deux bus et avec les autres personnes ayant participé au rassemblement. L’infection a été confirmée par RT-PCR ou par séquençage du génome viral. 

Résultats

  • Après le rassemblement, un diagnostic de COVID-19 a été posé chez 35,3% des personnes du bus N°2 (24 sur 68) au retour du voyage. Le patient Index atteint du COVID-19 voyageait ce car. Il était asymptomatique au moment du trajet, mais a été le premier à développer des symptômes et une forme modérée de la maladie au retour.
  • Aucun passager n’a été décelé positif au SARS-CoV-2 dans le car N°1 (n=60), ce groupe pouvant ainsi s’assimiler à un groupe contrôle. Seulement 7 des 172 personnes ayant participé au rassemblement (4,1%), qui se tenait pour l’essentiel à l’extérieur, ont reçu un diagnostic de COVID-19, toutes ayant été en contact étroit avec le patient Index.
  • Il a été calculé que les passagers du car N°2 avaient un risque 42 fois plus élevé de développer un COVID-19 par rapport à ceux du car N°1 et 11 fois plus élevé par rapport à l’ensemble des participants au rassemblement.
  • Une analyse plus minutieuse a permis de repérer les sujets contaminés en fonction de la place qu’ils occupaient dans le car et de leur distance par rapport au patient Index. Les sujets contaminés situés autour du patient Index avaient le même risque de contamination que ceux dispersés dans le reste du car, ce qui n’est pas en faveur d’une contamination par les seules gouttelettes de salive.
  • La sévérité de la maladie ne semblait pas non plus associée à la proximité des sujets contaminés avec le patient Index.
  • Aucun des passagers situés près des fenêtres (à l’exception d’un seul) ou des portes n’a développé d’infection.