Transcription de la vidéo : Prof. Jean-Michel MOLINA : FRANCE – accès gratuit à la PrEP


  • Ana ŠARIĆ
  • Actualités Médicales
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Chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint-Louis à Paris

Le prof. Molina détaille les résultats des essais cliniques ayant conduit au déploiement de la PrEP en France, souligne l’importance des médecins généralistes dans l’intensification de la PrEP et indique où nous en sommes vraiment dans nos efforts d’éradication du VIH

UNIVADIS : Comment l’épidémie de VIH est-elle contenue en France ?

Je peux dire qu’en France, l’épidémie n’est pas encore contrôlée. Comme dans de nombreux autres pays. L’approche que nous adoptons désormais afin de contrôler l’épidémie est multifactorielle. Nous savons qu’il nous faut associer différents outils. Vous avez parlé des préservatifs 7 . Vous avez mentionné d’utiliser le traitement comme prévention chez les personnes infectées, et ce dès le diagnostic du VIH. Il s’agit d’outils importants que nous devons continuer à utiliser. Mais, nous avons démontré dans des modèles et en situation réelle ou lors d’essais cliniques que cela n’est pas suffisant. Il nous faut donc d’autres outils. C’est pourquoi nous menons des recherches approfondies pour élaborer un vaccin contre le VIH. Mais ce vaccin n’est pas encore disponible. Nous avons donc la chance de disposer d’un autre outil qui s’est avéré très efficace, à savoir la PrEP.

UNIVADIS : Qu’est-ce que la PrEP ?

Il s’agit d’une association de traitement par deux antirétroviraux. Cette PrEP permet de prévenir l’acquisition du VIH chez les personnes qui bénéficient du traitement.

UNIVADIS : Quel est le résultat lié à l’accès à la PrEP en France ?

La PrEP a été approuvée et déployée en France gratuitement pour les patients depuis 2016 et nous observons des résultats pour la première fois en 10 ans. Une baisse de 28 % du nombre de nouveaux cas de VIH a été observée en 2018 parmi les HSH nés en France ayant accès à la PrEP9.

UNIVADIS : Quelle est la rentabilité de la PrEP en France ? 

L’analyse de rentabilité est facile à réaliser puisque nous connaissons le coût d’une seule infection par le VIH, qui est de l’ordre de 500 000 euros tout au long de la vie d’une personne. Et la PrEP est aujourd’hui rentable comme il suffit de traiter 15 à 20 personnes pendant 1 an pour prévenir une infection.

Et le coût de la PrEP, le coût des médicaments, comme nous utilisons des médicaments génériques, les deux médicaments utilisés sont maintenant des génériques. Leur coût actuel, si la pharmacie achète le médicament, n’est alors en France que de 10 € pour 30 comprimés, pour 1 ou 2 mois de traitement. Donc il n’y a pas… Il est évident que c’est très rentable.

J’avais l’habitude de dire qu’en France aujourd’hui, la PrEP est même moins chère que les préservatifs.

UNIVADIS : Pourquoi la France a-t-elle décidé de rembourser intégralement la PrEP dès 2016 ? 

Bien que le premier essai en 2010 sur la PrEP avec des comprimés oraux a été mené aux États-Unis1. L’étude a inclus des HSH, et elle a démontré une baisse de 30 à 40 % du nombre de nouveaux cas d’infection à VIH. Il a donc été prouvé à l’époque que la PrEP serait efficace, mais insuffisante pour en faire une stratégie de santé publique. Et même à l’usage, dire à quelqu’un qu’il existe un comprimé capable de le protéger à seulement 40 %, il n’y verra aucun intérêt. Deux études ont été menées. L’une au Royaume-Uni par des collègues de Londres, l’étude PROUD3, et une autre en France, menée avec l’aide de l’ANRS à la fois en France et au Canada, au Québec. Fin 2014, ces études ont démontré que la PrEP quotidienne ou à la demande chez les HSH serait associée à une baisse de 90 % du nombre de nouveaux cas d’infection à VIH. L’analyse de la population en intention de traiter a révélé une baisse de 86 %. Tandis qu’en France, le traitement était associé à une baisse de 100 % lors de l’étude IPERGAY4,5.

Les seuls échecs observés étaient chez les personnes ayant arrêté la PrEP. Ces résultats ont été présentés début 2015 à Seattle pendant la conférence CROI, après que la Société européenne de recherche clinique sur le SIDA a approuvé la PrEP. L’OMS avait modifié cette même année ses recommandations afin d’intégrer et d’encourager la PrEP pour la première fois. En France également, le ministère de la Santé a organisé une réunion fin 2015 rassemblant tous les experts, au cours de laquelle il a été décidé qu’en raison de ces résultats, de l’efficacité très élevée et de la très bonne sécurité d’emploi, la France approuverait de manière précoce la PrEP dès le 1er janvier 2016 et qu’elle serait complètement remboursée.

UNIVADIS : Comment les autres pays peuvent-ils bénéficier des connaissances obtenues grâce aux essais français ?

Ces études ont été menées simultanément au Royaume-Uni et en France. Et nous entretenons d’excellents rapports avec nos collègues britanniques et européens de manière générale.

Nous nous efforçons donc de faire pression en faveur de la PrEP et le fait qu’elle soit intégralement remboursée en France aide également nos collègues britanniques à obtenir le remboursement de la PrEP comme ils peuvent présenter l’exemple français, etc., etc. Ainsi, nous nous entraidons. La PrEP est subventionnée par le gouvernement britannique.

Nous nous efforçons donc de faire pression en faveur de la PrEP et le fait qu’elle soit intégralement remboursée en France aide également nos collègues britanniques à obtenir le remboursement de la PrEP comme ils peuvent présenter l’exemple français, etc., etc. Ainsi, nous nous entraidons. La PrEP est subventionnée par le gouvernement britannique. Et un grand projet est en cours pour la rendre gratuite.

UNIVADIS : Dans quelle mesure les médecins généralistes sont-ils impliqués dans l’intensification de la PrEP ?

En France, par exemple, les généralistes peuvent renouveler les ordonnances comme il est nécessaire d’effectuer un suivi de ces personnes tous les 3 mois afin de renouveler leurs ordonnances. Les généralistes doivent s’impliquer davantage dans l’administration de la PrEP. Mais il ne faut pas oublier que la PrEP est un nouveau moyen de prévention et que tout le monde ne la maîtrise pas encore. La PrEP doit être enseignée aux jeunes étudiants à l’université et il faut mettre l’accent sur la formation afin de la faire connaître auprès des généralistes et des autres professionnels de santé.

UNIVADIS : Allons-nous bientôt éradiquer le VIH ?

C’est impossible. C’est impossible actuellement car vous ne pouvez pas diagnostiquer le VIH chez toutes les personnes infectées.

Les tests ne sont pas suffisants. Vous savez que vous êtes infecté alors que vous l’êtes déjà depuis plusieurs semaines. Je pense qu’on ne peut pas éradiquer le VIH chez l’homme aujourd’hui, mais il est possible de ralentir l’épidémie et de réduire les risques considérablement à l’avenir.

 

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