Tramadol, à utiliser avec prudence dans la douleur aiguë

  • Thiels CA & al.
  • BMJ
  • 14 mai 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Cette étude observationnelle américaine montre que les sujets qui reçoivent du tramadol suite à une intervention chirurgicale ont un risque similaire ou plus élevé d’avoir une utilisation prolongée d’opioïdes par rapport aux patients ayant reçu un autre opioïde de courte durée d’action. Même si les prescriptions apparaissent peu fréquentes (seulement 4% des patients dans le cadre de cette étude), les auteurs appellent les prescripteurs à une utilisation prudente dans la prise en charge de la douleur aiguë, au même titre que pour les autres opioïdes de courte durée d’action.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Dans un contexte de crise des opioïdes aux États-Unis, les prescriptions de tramadol ont bondit, probablement parce que cette molécule est perçue comme plus sûre et moins addictive que les autres opioïdes de courte durée d’action. Mais ce sentiment est-il vraiment justifié ? Classé en palier 2 aux États-Unis comme en France, le tramadol a souvent été exclu des essais cliniques sur les opioïdes et les données de sécurité sont peu nombreuses. Des éléments récents ont cependant suggéré que le risque d’utilisation prolongée était plus important qu’avec les autres opioïdes. Une équipe de la Mayo Clinic a donc voulu évaluer ce risque, chez des patients ayant reçu  une prescription de tramadol en post-opératoire.

Méthodologie 

Cette étude observationnelle, réalisée à partir des données de la base américaine OptumLabs, a analysé les prescriptions d’opioïdes après la sortie d’hôpital, de patients venant de subir une intervention chirurgicale et naïfs de tout traitement opioïde auparavant. L’utilisation post-chirurgicale des opioïdes était considérée comme prolongée lorsque le patient disposait d’au moins une prescription d’opioïde dans les 90 et 180 jours suivant la chirurgie. Elle était classée comme persistante lorsqu’elle avait démarré dans les 180 jours suivant la chirurgie et qu’elle s’était prolongée au moins 90 jours. Elle répondait à la définition CONSORT d’un traitement opioïde au long cours lorsqu’elle était initiée dans les 180 jours suivant l’intervention, durait au moins 90 jours, et incluait soit au moins 10 prescriptions ou au moins 120 jours d’administration.

Résultats 

  • Parmi les patients ayant subi l’une des 20 procédures chirurgicales retenues, 357.884 ont reçu une prescription d’un opioïde ou plus à leur sortie d’hôpital.
  • Chez ceux ayant reçu une seule prescription d’opioïdes, les molécules plus fréquemment prescrites étaient l’hydrocodone (53%), suivie par l’oxycodone à courte durée d’action (37,5%), le tramadol (4%), la codéine (3,1%), l’hydromorphone (1,2%) et le propoxyphène (1,2%).
  • Une utilisation post-chirurgicale prolongée d’opioïdes a été observée chez 7,1% des patients, tandis que un pourcent d’entre eux présentaient une utilisation persistante et seulement 0,46% une utilisation CONSORT pour les traitements opioïdes au long cours.
  • Une association positive a été observée entre l’importance des prescriptions d’opioïdes post-chirurgicales (doses ≥300  milligrammes d’équivalent morphine, ou MME) et l’utilisation prolongée, persistante ou CONSORT d’opioïdes par la suite. Ainsi, le fait d’avoir reçu ≥500 MME (par rapport à ceux qui n’avaient reçu que 1 à 199 MME) était associé à un risque d’utilisation prolongée d’opioïdes multiplié par 1,5. Le risque d’utilisation persistante était lui multiplié par plus de 6 et celui d’utilisation CONSORT par presque 5.
  • Par rapport aux sujets qui avaient reçu d’autres opioïdes de courte durée d’action, le risque était accru chez les sujets qui avaient reçu du tramadol, de 6% pour une utilisation prolongée, de 47% pour une utilisation persistante et de 41% pour une utilisation CONSORT.

Limitations

La base de données utilisée pour cette étude regroupait des données de prescription d’assurances privées et de la base Medicare. Il n’était donc pas possible de mesurer les opioïdes effectivement consommés ni les prescriptions réalisées en dehors de ce cadre et les indications de prescription n’étaient pas connues.