Traitement des cancers chez l’enfant : un risque de neuropathie périphérique à long terme

  • Kandula T et al.
  • JAMA Neurology
  • 14 mai 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Chez les enfants traités pour une tumeur extra-crânienne, des anomalies cliniques, électrophysiologiques et fonctionnelles témoignant d’une neuropathie périphérique sont fréquentes à long terme (8,5 ans). Elles apparaissent précocement, et plus souvent avec les sels de platine que les vinca-alcaloïdes. Ces résultats sont corroborés par le point de vue des patients, tant que le plan de la qualité de vie que sur le plan fonctionnel, confirmant ainsi leur signification clinique. Ils encouragent à une surveillance plus étroite de cette population.

Pourquoi est-ce important ?

Le pronostic des enfants traités pour un cancer s’est vu fortement amélioré au cours de ces dernières années (80% et plus). Et ceux qui survivent plus de 5 ans après le diagnostic ont une espérance de vie comparable à celle de la population générale du même âge. Il apparaît donc essentiel de prendre en compte les comorbidités à long terme induites par la toxicité des chimiothérapies (CT). La neurotoxicité à long terme associée aux vinca-alcaloïdes et aux sels de platine peut notamment altérer les performances physiques de ces patients, mais son impact à long terme restait à définir. Une étude australienne s’est donc intéressée au devenir d’enfants ayant été traités pour une tumeur maligne extra-crânienne avant l’âge de 17 ans.

Résultats

  • Cette étude de neurotoxicité a inclus de jeunes patients ayant survécu à une tumeur extra-crânienne (n=121, 53,7% de garçons).
  • L’âge médian au moment de l’exposition aux CT était de 4 ans et l’évaluation de la neurotoxicité des chimiothérapies était réalisée à un âge médian de 16 ans, avec un délai médian de 8,5 ans après la fin des traitements.
  • Sans surprise, les agents neurotoxiques les plus souvent utilisés étaient les vinca-alcaloïdes (identifiés comme le seul agent neurotoxique chez 71,1% des patients) et notamment la vincristine (66,9%). Seulement 5,8% d’entre eux recevaient un sel de platine comme seul agent neurotoxique et 10,7% associé à un vinca-alcaloïde.
  • Des anomalies du score TNS (Total Neuropathy Scorepédiatrique) ont été repérées chez 53% des sujets traités par une CT neurotoxique contre 14% chez les sujets contrôles non traités, avec une augmentation moyenne de 2,1 points sur les scores TNS (0-32, pvs 29%).
  • La sensibilité surale était réduite chez les sujets ayant reçu une CT neurotoxique par comparaison à ceux n’en ayant pas reçue, suggérant une réduction irréversible du nombre d’axones fonctionnels.
  • Des déficits fonctionnels étaient également observés sur la dextérité manuelle, la sensibilité distale et l’équilibre.
  • De leur côté, les patients ont rapporté une diminution de leur qualité de vie et de leurs capacités physiques et fonctionnelles, qui montrait une bonne corrélation avec le score TNS.

Méthodologie

Cette étude observationnelle, transversale et monocentrique, a inclus des enfants ayant été traités pour une tumeur maligne extra-crânienne (tous cancers, tous types de CT) avant l’âge de 17 ans. Les investigateurs ne connaissaient pas le type de CT utilisée.

La sévérité des neuropathies périphériques a été évaluée sur le plan clinique par le TNS, et sur le plan fonctionnel par le Movement Assessment Battery for Children (MABC). Des mesures de conduction nerveuse ont été réalisées et la qualité de vie évaluée.

Les résultats ont ensuite été comparés à ceux de sujets sains du même âge, en fonction des  agents chimiothérapeutiques utilisés.