Traitement de la tuberculose sensible : encore un effort !

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre la tuberculose, Santé Publique France a dressé dans son dernier Bulletin Épidémiologique Hebdomadaire (BEH) le bilan de la prise en charge des tuberculoses sensibles déclarées aux ARS entre 2008 et 2014. Si les chiffres montrent de réels progrès, la France n’arrive pas encore à remplir les objectifs de l’OMS, fixés à 90% de succès thérapeutique, et semble ainsi moins performante que la moyenne relevée dans les pays de l’Union Européenne. Une meilleure surveillance et un meilleur suivi, reposant notamment sur une meilleure coordination professionnelle, la mise en place (en projet) de la télé-déclaration et l’attention particulière portée aux populations les plus vulnérables aideraient à poursuivre l’amélioration de ces résultats.

La surveillance de la tuberculose s’améliore

  • Entre 2008 et 2014, le nombre de déclaration obligatoire (DO) sans suivi de traitement renseigné a diminué de 40% à 28% des DO. Le nombre de départements qui n’avaient pas fourni d’informations sur les issues de traitement était de 3 en 2014 (Yonne, Cantal, Orne) contre 9 en 2008.
  • L’issue de traitement était surtout renseignée lorsque le médecin déclarant était médecin de centre de lutte antituberculeuse (79,7%, n=1.662), ce chiffre étant abaissé à 67,7% (n=1.674), 64,3% (n=17.649), 61,9% (n=720) et 55,1% (n=520) lorsque le déclarant était un pneumologue libéral, un médecin hospitalier, un biologiste hospitalier ou un autre praticien, respectivement.

La qualité de la prise en charge progresse

  • Sur 2008-2014, 74,1% des DO renseignées indiquaient un traitement achevé à 12 mois (patient considéré comme guéri), 4,8% étaient décédés sans lien avec la tuberculose et 19,8% avaient une issue potentiellement défavorable (dont 44% de perdus de vue, 25% de patients transférés, 13% toujours en traitement, 9% de décès en lien avec la tuberculose et 9% d’arrêt de traitement).
  • Le taux de traitement achevé avait significativement augmenté avec le temps, de 73,0% en 2008 à 76,9% en 2014. Les issues potentiellement défavorables et les décès non liés à la maladie avaient, eux, diminué au cours du temps.
  • La proportion de départements ayant atteint au moins 85% de traitements achevés était de 24,5% en 2014 contre 13% en 2008. Celle des départements ne dépassant pas la barre des 70% était, elle, passée de 38% à 23% sur la même période.
  • Plusieurs facteurs sont apparus comme favorisant une issue potentiellement défavorable dont le sexe masculin, l’âge, les formes cliniques pulmonaires, graves, contagieuses, une culture positive en début de traitement, des antécédents de traitement antituberculeux et des sujets en situation de précarité (patients SDF, en établissement pénitentiaire, nées à l’étranger et résidant en France depuis moins de 2 ans).
  • Les décès liés à la tuberculose ont diminué de 2,0% en 2008 à 1,4% en 2014.

Pourquoi est-ce important ?

Cette analyse a été rendue possible dès 2007 par l’intégration du suivi de traitement à 12 mois des patients ayant fait l’objet d’une déclaration obligatoire (DO). Au total, 36.117 fiches de DO de tuberculose ont été transmises par les ARS entre 2008 et 2014 dont 34.762 (96%) éligibles (diagnostic post-mortem, tuberculose résistante, diagnostic de tuberculose exclu) et dont 22.526 (65%) avaient une issue de traitement renseignée. Leur analyse a permis aux auteurs de l’article de tirer plusieurs conclusions.

Principales limitations

  • Près d’un tiers des DO n’avaient pas d’issue de traitement renseignée. Or, le profil des sujets concernés était différent de celui de la population analysée.
  • Comme le demande l’OMS, Les patients transférés ont été classés comme sujet ayant une issue potentiellement défavorable, alors que ce transfert ne préjuge pas de l’évolution du patient dans l’organisation des soins française.