Traitement de l’obésité : serait-ce une histoire de sexe ?

  • Cataldi M & al.
  • Obes Rev
  • 27 déc. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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Il est admis que l’obésité masculine se concentre avant tout au niveau abdominal et que l’obésité féminine prend ses aises insidieusement en sous-cutané. Par ailleurs, des données de la littérature montrent que l’obésité augmenterait plus fortement le risque cardiovasculaire chez l’homme que chez la femme. Certains chercheurs relient ces deux constats par le fait que l’obésité viscérale serait plus délétère vis-à-vis de la résistance à l’insuline, du profil lipidique et du métabolisme, que les graisses accumulées au niveau sous-cutané. 

Quelle est l’hypothèse qui a motivé cette revue ?

Si le sexe impacte l’obésité et ses conséquences, peut-être que le sexe induit également une réponse différente aux traitements contre l’obésité ? C’est sur les bases de cette réflexion qu’une équipe italienne a réalisé une revue de la littérature pour y voir plus clair.

Quelles sont les données actuelles ?

Même si les résultats de différentes études, d’une méta-analyse et d'une revue systématique suggèrent que la perte de poids suite à un programme spécifique et à des conseils de changement des habitudes de vie serait plus importante chez l’homme que chez la femme, les différences restent faibles1-3. Durant de nombreuses années seules les amphétamines et l’orlistat étaient approuvés aux États-Unis pour la prise en charge de l’obésité, et seul l’orlistat bénéficiait d’une autorisation de mise sur le marché pour cette indication en Europe (en France notamment). L’impact du sexe sur la réponse clinique n’a été que très peu étudié, que ce soit avec ces traitements4,6 ou ceux plus récemment commercialisés aux Etats-Unis dans cette indication (liraglutide, lorcaserine, bupropion/naltrexone et topiramate/phentermine). Pourtant plusieurs arguments pharmacodynamiques et pharmacocinétiques suggèrent que le sexe pourrait avoir une influence non négligeable. 

Focus sur le liraglutide

Cet anti-hyperglycémiant n’est indiqué que dans le diabète de type 2 en France, mais il a été approuvé par l’EMA dans le traitement de l’obésité. Certaines analyses rétrospectives d’études menées en pré-enregistrement ont montré un bénéfice sur la perte de poids plus important chez la femme que chez l’homme à tous les dosages jusqu’à 3mg/j. En revanche à cette concentration, la dose-réponse n’atteignait pas de plateau chez l’homme laissant suggérer que les hommes seraient moins sensibles au liraglutide que les femmes. 

Les preuves montrant que l’effet central du GLP-1 pourrait être modulé par les hormones sexuelles s’accumulent. Une étude in vitro a notamment démontré que les rats femelles étaient plus sensibles que les rats mâles aux effets anorexigènes d’un agoniste des récepteurs au GLP-1 administré au niveau central. Et cette différence de genre serait supprimée par les anti-oestrogènes7.

La revue de la littérature de Mauro Cataldi publiée dans Obesity Reviews revient également sur les preuves disponibles pour les autres traitements de l’obésité commercialisés aux États-Unis. À partir de ces constats, les auteurs invitent à mieux évaluer les éventuelles disparités entre les hommes et les femmes dans les prochains essais cliniques randomisés et contrôlés, afin éventuellement d’adapter les dosages au sexe du patient.