Traitement de l’hypertrophie bénigne de la prostate : avec quelles molécules faut-il craindre un sur-risque de DT2 ?

  • Wei L & al.
  • BMJ
  • 10 avr. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Chez les patients traités pour hypertrophie bénigne de la prostate (HPB), le risque de diabète de type 2 (DT2) serait augmenté non seulement sous dutastéride, ce que d’autres données suggéraient déjà, mais également sous finastéride (deux inhibiteurs de la 5 alpha-réductase) par rapport à un traitement par tamsulosine (alpha-bloquant). Les résultats d’une étude suggèrent que ce sur-risque (76/10.000 patients-années) serait comparable à celui retrouvé sous statines. Des analyses complémentaires intégrant notamment le poids et la prise de statines à l’inclusion et la validation de ces résultats sur une cohorte taïwanaise ont confirmé ces tendances. Ce sur-risque était par ailleurs constaté sous monothérapie de dutastéride ou de finastéride ou lors de leur association à la tamsulosine.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

La tamsulosine est préconisée en première ligne de traitement de l’HPB dans certaines recommandations1. Ces données montrent que le risque de DT2 sous dutastéride ou finastéride est assez similaire, et que les patients qui reçoivent ces traitements sont globalement plus âgés et auraient un risque métabolique plus important. Ainsi, lors de la prescription du dutastéride ou de la finastéride seuls ou en association avec la tamsulosine, il conviendra de renforcer le suivi médical du risque de DT2.

Méthodologie

Cette étude est basée sur des données britanniques (UK Clinical Practice Research Datalink - CPRD 2003-14) et taïwanaises (National Health Insurance Research Database - NHIRD 2002-12). Au total, 8.231 hommes sous dutastéride, 30.774 sous finastéride et 16.270 sous tamsulosine ont été évalués. Les patients sous dutastéride ont été appariés par score de propension (2:1) avec des patients sous finastéride ou tamsulosine. La cohorte taïwainaise a servi de validation aux résultats obtenus sur les sujets britanniques. 

Principaux résultats

  • Les patients britanniques sous dutastéride ou finastéride étaient globalement plus âgés et avaient plus de comorbidités (hors dyslipidémie) et prenaient plus de corticoïdes et de traitements pour une cause cardiovasculaire que ceux sous tamsulosine.
  • Pour les cohortes globales : 2.081 nouveaux cas de diabète de type 2 ont été notifiés durant le suivi moyen d’environ 5 ans. Soit une incidence de 76,2, 76,6 et 60,3/10.000 patients-années respectivement sous dutastéride, finastéride et tamsulosine. L’incidence cumulée de la survenue d’un DT2 était significativement supérieure sous dustastéride et finastéride que sous tamsulosine. Le risque de développer un DT2 était similaire chez les patients qui avaient reçu du dutastéride ou finastéride seuls ou en association avec de la tamsulosine.
  • Les mêmes tendances ont été retrouvées pour les cohortes appariées par score de propension. 
  • La cohorte taïwanaise était certes plus jeune que la cohorte britannique et moins souvent traitée pour une pathologie cardiovasculaire, mais plus fréquemment sous corticoïdes oraux. Pourtant elle suivait les mêmes tendances avec un risque plus élevé de développer un DT2 sous dutastéride (+34%) ou finastéride (+49%) que sous tamsulosine. Les risques sous dutastéride et finastéride n’étaient de nouveau pas significativement différents entre eux. Tendances retrouvées même après appariement par score de propension.

Principales limitations

La validation des résultats sur une cohorte taïwanaise se heurte à la limite des différences de pratiques médicales entre le Royaume-Uni et Taïwan. Les bases de données taïwanaises ne renseignaient pas l’IMC, le statut tabagique ou la consommation d’alcool, or ces critères peuvent constituer des biais.