Toujours pas de lien ferme de causalité entre taux circulants de vitamine D et cancer

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À travers ses fonctions la vitamine D intervient dans la croissance, la différenciation et l’apoptose des cellule normales et tumorales. Des études in vitro et sur modèles animaux supportent le rôle anti-néoplasique de la vitamine D. Cependant, les études épidémiologiques ayant évalué les liens entre taux circulants en vitamine D et risques de différents cancers sont contradictoires, et les essais cliniques randomisés et contrôlés sur le sujet sont peu nombreux et de qualité méthodologique variable. Ainsi, pour pallier à toutes ces limitations, une équipe de chercheurs a évalué si le statut en vitamine D était lié au cancer ou s’il était juste un marqueur global de santé. Pour cela ils ont utilisé une approche de randomisation Mendelienne, et recherché l’existence d’une association entre le polymorphisme nucléotidique associé à la vitamine D et le risque de sept cancers.

Méthodologie

  • Cette étude a évalué l’association entre le polymorphisme nucléotidique (à travers les SNP pour single-nucleotide polymorphisme) lié à la vitamine D (25(OH)D) et différents cancers (colorectal, sein, prostate, ovaire, poumon, pancréas, neuroblastome) à partir des données de trois larges réseaux d’épidémiologie génétique (GAME-ON, GECCO, PRACTICAL).
  • Une recherche bibliographique a permis l’identification de quatre SNP (rs2282679, rs10741657, rs12785878 et rs6013897) fortement associés au taux circulant de 25(0H)D à travers deux études d’association génétique pangénomiques. Une étude de large envergure par randomisation Mendelienne est venue préciser l’association entre ces SNP et les taux de 25(OH)D circulants.
  • Les auteurs de cette publication ont ensuite utilisé eux-mêmes un modèle Mendélien pour apprécier l’association causale entre le taux circulant de 25(OH)D et le risque de survenue de l’un des sept cancers précédemment cités.
  • Des analyses secondaires par sexe, localisation anatomique du cancer, stade de la tumeur, histologie, ont également été réalisées.

Résultats

  • 70.563 cas de cancer (22.898 cancers de la prostate, 15.748 cancers du sein, 12.537 cancers du poumon, 11.488 cancers colorectaux, 4.369 cancers ovariens, 1.896 cancers pancréatiques et 1.627 neuroblastomes), ainsi que 84.418 sujets contrôles ont été évalués.
  • L’association entre les 4 SNP identifiés comme étant liés aux taux circulants de 25(OH)D et les sept types de cancer s’est révélée faible.
  • Plus spécifiquement, le odds ratio associé à chaque augmentation du taux de 25(OH)D de 25 nmol/L (génétiquement déterminée) était de 0,92 [0,76-1,10] pour le cancer colorectal, 1,05 [0,89-1,24] pour le cancer du sein, 0,89 [0,77-1,02] p=0,08 pour le cancer de la prostate et de 1,03 [0,87-1,23] pour le cancer du poumon.

Limitations

  • Le modèle utilisé n’a pas permis de stratifier les données par âge, sexe, statut ménopausique, tabagisme, IMC, utilisation d’un traitement hormonal de la ménopause ou par d’autres gènes liés au statut en vitamine D des participants.
  • L’approche par SNP présente quelques limitations et notamment la non prise en compte de poids variables de la relation SNP-taux de vitamine D circulant biologiquement actif selon les polymorphismes.

À retenir

Ainsi, il semblerait à travers cette analyse, que l’association entre le taux circulant en vitamine D et le risque de différents cancers soit assortie d’un faible niveau de preuve. Ces résultats combinés aux données précédentes de la littérature suggèrent que le dépistage à grande échelle des déficits en vitamine D ne constituerait pas une stratégie de prévention primaire du cancer.