Thromboses veineuses et maladies coronariennes partagent-elles les mêmes facteurs de risque ?

  • Gregson J & al.
  • JAMA Cardiol
  • 31 janv. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Univadis Résumés Cliniques
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Parmi les facteurs de risque cardiovasculaires classiques, l’âge avancé, le tabagisme et l’adiposité (IMC, tour de taille) sont associés à un risque plus élevé de maladie thromboembolique veineuse (MTEV) par rapport à l’absence de ces facteurs. L’impact de ces différents facteurs semble cependant moins important que dans les maladies coronariennes, à l’exception de l’IMC et du tour de taille. Les résultats font notamment ressortir une relation dose-réponse entre augmentation de l’adiposité et accroissement du risque de MTEV, sans effet de seuil. Des interventions visant le surpoids et l’obésité pourraient donc contribuer à prévenir la survenue de ces pathologies.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

La MTEV est l’une des principales causes de maladie vasculaire, et les embolies pulmonaires sont responsables d’une large part des décès qui y sont associés. Les efforts de prévention se sont multipliés ces dernières années pour prévenir la survenue de ces types d’événement, y compris en dehors de l’hôpital, amenant ainsi à cibler les facteurs de risque cardiovasculaires communs aux MTEV et aux thromboses artérielles. Mais, dans quelle mesure ces facteurs de risque sont-ils réellement communs à ces deux types de pathologie ? Les données actuellement disponibles ne permettent pas de répondre clairement à la question. En analysant les données de 76 études prospectives représentant plus d’un million de participants, des chercheurs britanniques ont mesuré l’association entre les principaux facteurs de risque cardiovasculaire et le risque de thrombose veineuse (thrombose veineuse profonde ou embolie pulmonaire), comparativement au risque de thrombose artérielle.

Méthodologie

L’étude a été réalisée à partir des données individuelles de la cohorte de l’Emerging Risk Factors Collaboration (ERFC) commune à un consortium de 75 études prospectives, et celles de l’étude UK Biobank, et a inclus des patients majoritairement européens ou nord-américains sans antécédents cardiovasculaires.

Résultats 

  • Au total, les données de 731.728 sujets de la base ERFC (âge moyen 51,9 ans, 55,1% de femmes) et 421.537 sujets de la UK Biobank (âge moyen 56,4 ans, 55,4% de femmes) ont pu être analysées sur une durée de suivi médiane de 15,4 ans.
  • Plusieurs des facteurs de risque cardiovasculaires classiques ont été associés à un risque de MTEV significativement plus élevé par rapport à l’absence de ces facteurs : l’âge avancé, avec un risque multiplié par 2,7 dans la cohorte ERFC et 1,8 dans la UK biobank (HR 2,67 par décade [2,45-2,91] et 1,81 [1,71-1,92] respectivement) et le tabagisme (respectivement HR 1,38 [1,20-1,58] et 1,23 [1,08-1,40]).
  • Tous les marqueurs d’adiposité (IMC, tour de taille et ratio tour de taille/tour de hanches) étaient également associés à un surrisque de MTEV, avec un notamment HR pour chaque point d’IMC supplémentaire de 1,43 [1,35-1,50] et 1,37 [1,32-1,41] dans les cohortes ERFC et Biobank respectivement (sans effet de seuil).
  • Au sein de la UK Biobank, les surrisques (HR) associés à l’âge, au tabagisme et à l’IMC, étaient similaires pour les thromboses veineuses et les embolies pulmonaires, à l’exception de l’adiposité plus fortement associée à l’embolie pulmonaire qu’à la thrombose veineuse profonde. Les résultats ne différaient pas non plus selon que la thrombose veineuse était liée à l’existence d’un cancer ou d’une immobilité prolongée.
  • Les analyses de comparaison indiquaient que pour la plupart des facteurs de risque considérés (âge, sexe masculin, tabagisme actif, antécédents de diabète, pression artérielle diastolique et systolique et lipides sanguins), l’association avec les maladies coronariennes était plus forte qu’avec les MTEV quelle que soit la cohorte considérée. Alors que pour l’IMC ou le tour de taille, la force de l’association était similaire.

Limitations

Les données concernant d’autres facteurs de risque de MTEV, comme la prise d’une contraception orale ou d’autres médicaments, n’étaient pas disponibles pour la cohorte ERFC.