Thérapies complémentaires dans le syndrome de l’intestin irritable…peut-on les proposer ?

  • Amsallem F & al.
  • Evid Based Complement Alternat Med

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

La prise en charge pharmacologique du syndrome de l’intestin irritable (SII) peut parfois se révéler infructueuse. C’est pourquoi de plus en plus de thérapies non pharmacologiques complémentaires sont proposées à ces patients. Les données de la littérature sur l’intérêt de celles-ci montrent :

  • une efficacité plus importante des thérapies corporelles (acupuncture, ostéopathie) par rapport aux traitements standards sur les symptômes généraux du SII 6 mois après la prise en charge,
  • aucune différence significative de soulagement des symptômes généraux ou des douleurs abdominales plus spécifiquement entre les thérapies corporelles et les interventions fictives,
  • les résultats concernant l’hypnothérapie restent encore controversés.

Ces données soulignent un manque cruel de données robustes dans le domaine, alors que le recours par les patients à ces thérapies complémentaires est de plus en plus fréquent.

Pourquoi ces données sont-elles intéressantes ?

Selon les critères de Rome IV, 5 à 10% de la population pourrait souffrir de syndrome de l’intestin irritable. Le SII engendre des symptômes gastro-intestinaux et deux tiers des individus se plaignent de symptômes anxieux modérés à sévères voire de dépression. Par ailleurs, le SII conduit à une consommation importante de médicaments symptomatiques ayant une efficacité modeste. De fait, les patients ont souvent recours à des thérapies corporelles alternatives (ostéopathie, chiropractie, acupuncture, réflexologie, …), des compléments nutritionnels, de la phytothérapie ou à des thérapies comportementales (hypnothérapie, méditation, yoga, …). Les praticiens ont besoin d’avoir des données sur l’efficacité de ces prises en charge pour pouvoir conseiller à bon escient leurs patients.

Méthodologie

Une revue systématique de la littérature a été réalisée afin d’identifier les essais cliniques randomisés publiés entre 1990 et 2020. Le critère d’efficacité retenu était l’évolution de l’ensemble des symptômes du SII ou des douleurs abdominales jusqu’à 12 mois après le traitement.

Principaux résultats

Au total, onze études randomisées et contrôlées ont été identifiées, soit un total de 1.590 enfants et adultes. Parmi ces études, quatre ont évalué l’efficacité de l’hypnothérapie, sept des thérapies corporelles (acupuncture, ostéopathie, auriculothérapie, réflexologie). Une prise en charge fictive a été utilisée pour quatre de ces études, alors que pour sept autres le groupe contrôle était constitué d’une prise en charge habituelle de santé (traitements médicamenteux, conseils de mode de vie, consommation de fibres, séances de relaxation ou non).

Six mois après le traitement, les thérapies non pharmacologiques axées sur le corps (acupuncture, ostéopathie) ont montré un bénéfice versus les traitement médicaux standards tous symptômes du SII confondus. En revanche, aucune différence significative n’a été mise en évidence entre les thérapies corporelles et des procédures fictives tous symptômes confondus ou spécifiquement sur les douleurs abdominales.

Les résultats sont trop discordants pour pouvoir conclure quant à l’efficacité de l’hypnothérapie par rapport aux traitements standards ou à d’autres thérapies complémentaires, que ce soit sur l’ensemble des symptômes liés au SII ou sur les douleurs abdominales spécifiquement.

Ces données soulignent qu’il est important de réaliser des études robustes pour évaluer le bénéfice clinique des prises en charge non pharmacologiques dans un contexte de SII.

Principales limitations

Une forte hétérogénéité a été mise en évidence entre les études retenues.