Tests sérologiques de diagnostic rapide : des difficultés d’interprétation

  • Aude Lecrubier
  • 19 mai 2020

  • Actualités Médicales par Medscape
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France— Alors que la liste des tests sérologiques Covid-19 qui seront certifiés par le Centre National de Référence (CNR) se fait toujours attendre, la Haute autorité de santé (HAS) a communiqué son avis sur les tests sérologiques de diagnostic rapide [1]. Un avis qui sera actualisé dès que de nouvelles connaissances scientifiques seront disponibles.

La HAS avait déjà dévoilé les indications des tests sérologiques ELISA (nécessitant une prise de sang et une analyse avec un plateau technique complexe en laboratoire) il y a une dizaine de jours (Lire Tests sérologiques : les indications ont été précisées).

Cette fois, elle s’est penchée sur les tests de diagnostic rapide qui auront la même fiabilité (sensibilité minimale 90 à 95%, spécificité minimal 98%) mais qui délivrent des résultats en 5 à 15 minutes à partir d’une simple dextro. Ces tests qui reposent sur le même principe – la recherche dans le sang d’anticorps dirigés contre le virus –n’ont pas tous les mêmes caractéristiques et usages. Ils vont être utilisés de trois manières :

  • TDR : tests de diagnostic rapide en laboratoire ;
  • TROD : tests rapides d’orientation diagnostique réalisés par des professionnels de santé (médecins, pharmaciens, infirmiers…) ou des associations ;
  • Les autotests, réalisés et analysés par les patients.

Les premiers, les TDR seront indiqués dans les mêmes situations que les tests ELISA : en diagnostic de rattrapage de patients symptomatiques, en cas de test virologique négatif mais de symptômes évocateurs de COVID-19, et auprès des personnels soignants ou d’établissements d’hébergement collectif qui ont été en contact avec le virus et pour les enquêtes épidémiologiques (voir ici).

Les seconds, les TROD, seront utilisés à visée d’orientation diagnostique. Les résultats, lorsqu’ils seront positifs, devront donc être confirmés par un test TDR ou ELISA en laboratoire. La HAS recommande leur utilisation dans un champ plus restreint que les TDR et tests automatisables (ELISA) : pour les personnels soignants et d’hébergement collectif et pour les patients symptomatiques sans signes de gravité s’ils présentent des difficultés d’accès à un laboratoire de biologie médicale, mais pas à l’hôpital.

Les troisièmes, les autotests ne sont pas recommandés pour le moment.

Des tests difficiles à interpréter

Pourquoi ces indications restreintes pour les TROD et cette absence d’indication pour les autotests ? En raison des difficultés d’interprétation ont expliqué le Pr Dominique Le Guludec (Présidente de la HAS) et Cédric Carbonneil (Chef du Service d'Evaluation des Actes Professionnel, HAS) lors de la conférence de presse de présentation de l’avis de la HAS.

« L’interprétation n’est pas aussi simple que la lecture d’un test de grossesse contrairement à ce qui a été dit et il existe à ce jour très peu de données scientifiques sur les performances des autotests pour le diagnostic du COVID-19 en vie réelle », a expliqué le Pr Carbonneil.

C’est d’ailleurs pourquoi, un guide d’utilisation et d’interprétation à destination des professionnels de santé sera publié par la HAS prochainement.

Interrogé par Medscape édition française, Cédric Carbonneil a précisé les problématiques d’interprétation des tests.

« Les tests ont leur phase de validité. Certains tests sont performants dès J7, d’autres le seront dès J14 (en fonction de la détection des IgG et IgM). Il y a aussi un problème de fenêtre de lecture. Le résultat doit être lu dans un temps limité sous réserve de résultats faussement positifs. Ensuite, en plus de la bande contrôle qui est toujours visible, il y a une bande pour les IgM et une bande pour les IgG et en fonction des différents profils, il pourra y avoir différentes significations suivant la période de l’infection dans laquelle la personne se situe. Sachant qu’entre ces deux bandes, il pourra y avoir des différences de performance et de visibilité. Il n’est jamais facile de pouvoir objectiver de manière visuelle ce type de dispositifs. C’est une des raisons pour lesquelles nous avons demandé de pouvoir recourir le plus possible à des lecteurs automatisés qui permettent de fiabiliser la lecture mais qui ne permettront pas de résoudre la complexité de l’interprétation à ce stade », a-t-il précisé.

Quelle utilité des tests sérologiques à ce jour ?

Pour revenir à la place des tests sérologiques, la HAS a tenu à rappeler qu’aujourd’hui, « quel que soit le test sérologique, il subsiste pour l’instant une incertitude : la présence d’anticorps garantit-elle une protection, une immunité, contre le virus (et si c’est le cas, sous quelles conditions et pour combien de temps) ? Le recul ne permet pas à ce jour de l’affirmer avec certitude. C’est pourquoi, dans l’état actuel des connaissances, ces tests n’ont pas encore de place dans l'identification des personnes protégées contre le virus. En revanche, en identifiant les personnes qui sont ou ont été contaminées par le virus, les tests sérologiques sont utiles d’une part dans la surveillance épidémiologique de la maladie ; et d’autre part dans la stratégie diagnostique, en complément du test virologique (par RT-PCR) qui reste le test de première intention pour le diagnostic de la phase aiguë du COVID-19 (voir avis HAS publié le 2 mai dernier) ».

Concernant les TDR et les TROD plus particulièrement, la HAS précise qu’« en plus de constituer des outils précieux pour réaliser les études épidémiologiques, les TDR et TROD pourraient compléter l’offre diagnostique par tests sérologiques automatisables, dans les mêmes indications et là aussi sur prescription médicale. En effet, grâce à leur plus grande rapidité d’utilisation et le peu de matériel requis pour les réaliser, ils seraient accessibles sur tout le territoire, y compris au sein des villes disposant uniquement d’un laboratoire de biologie médicale de proximité, sans plateau technique lourd ».

Les TDR et TROD pourraient compléter l’offre diagnostique par tests sérologiques automatisables HAS.

 

Cet article a été publié initialement sur Medscape.fr