Testostérone et symptômes dépressifs : de nouveaux éléments de discussion

  • Walther A & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 14 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • JAMA Psychiatry vient de publier une nouvelle méta-analyse qui a cherché à évaluer si un traitement hormonal par testostérone permettait de réduire les symptômes dépressifs. Elle décrit une efficacité et une acceptabilité du traitement par les hommes traités correctes. Elle met aussi en avant plusieurs facteurs ayant une influence significative sur la variabilité des résultats, comme la posologie ou la variabilité des symptômes, mais le taux de testostérone initial ou l’âge n’apparaissaient pas comme déterminants.

  • Ainsi, cette étude confirmerait les données précédentes, qui suggèrent l’intérêt d’un traitement par testostérone chez les hommes avec hypogonadisme ou dans les catégories d’âge intermédiaire (40-60 ans, environ). Elle avance également que les hommes plus âgés ou sans troubles endocriniens pourraient aussi en tirer bénéfice, dès lors que les posologies sont suffisamment élevées.

  • Les auteurs de cette étude reconnaissent la forte hétérogénéité des profils de patients inclus d’une étude à l’autre, comme celle des méthodologies mises en œuvre. Ils suggèrent que des essais cliniques précisant la sécurité du traitement ou son efficacité comparativement aux antidépresseurs soient menés.

  • L’éditorial [1] accompagnant cette étude se veut plus prudent : s’il reconnaît la qualité de l’analyse, il appuie lui aussi sur l’hétérogénéité des profils recrutés et des critères d’évaluation utilisés qui recouvraient les troubles de l’humeur comme les épisodes dépressifs majeurs. Les critères d’inclusion étaient fondés, pour certains essais, sur l’hypogonadisme et non sur la présence de troubles ou de symptômes dépressifs. Ses auteurs rappellent ainsi que les seuls essais cliniques conduits auprès d’hommes présentant des troubles dépressifs majeurs au sens du DSM-5 n’ont pas montré de bénéfice du traitement hormonal. Tant que les données de l’étude TRAVERSE, menée actuellement auprès de 6.000 hommes symptomatiques avec hypogonadisme, ne sont pas disponibles, il convient de rester très prudent sur l’intérêt d’une telle alternative thérapeutique.

Méthodologie

Toutes les études cliniques randomisées anglophones parues jusqu’en mars 2018 et ayant évalué le traitement par testostérone chez les hommes avec une évaluation psychométrique ont été incluses dans l’analyse.

Principaux résultats

  • Au total, les données de 27 études ont été utilisées et ont permis de démontrer l’efficience (différence d’efficacité versus placebo) de la testostérone par rapport au placebo (podds ratio de 2,30 ([1,30-4,06], log OR : 0,83, p=0,004).

  • L’acceptabilité (la perte de suivi liée au traitement) a été calculée à partir de 25 études et ne montrait pas de différence statistiquement significative par rapport au placebo (OR : 0,79 [0,61 à 1,01], logOR : -0,24, SE, 0,13 [-0,49 à 0,01]).

  • Une posologie plus élevée de testostérone et une variabilité des symptômes à l’inclusion plus faible semblaient influencer l’efficacité du traitement. En revanche, l'âge, le niveau de testostérone initial, le statut dépressif, la durée du traitement ou la voie d'administration n’ont pas été identifiés comme statistiquement déterminants.

Principales limitations

  • Le risque de biais était élevé ou non déterminé pour la plupart des études utilisées dans ces analyses, et l’hétérogénéité était significative.

  • Tous les patients recrutés ne présentaient pas un diagnostic de dépression.