Tentatives de suicide entre 2018 et 2022 : des tendances inverses selon l’âge ou le sexe

  • Jollant F & al.
  • Eur J Epidemiol

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Entre janvier 2018 et mai 2022, les appels pour tentatives de suicide (TS) aux centres antipoisons français ont continuellement diminué jusque fin 2020, bien que la dynamique se soit tassée à partir d’octobre 2019. Ensuite, dès novembre 2020, les chiffres sont repartis à la hausse jusqu’à la fin de la période d'étude. Les chiffres observés depuis le début de la pandémie excèdent ceux statistiquement attendus. Ces tendances sont en accord avec celles disponibles par ailleurs concernant les hospitalisations pour comportement suicidaire.
  • On note cependant une augmentation importante des appels durant la deuxième partie de la pandémie chez les jeunes filles de 12 à 24 ans ; à l’inverse, les appels ont régulièrement baissé sur toute la période d’analyse chez les 25-64 ans, indépendamment du sexe, bien qu'à un rythme plus lent durant la pandémie. Les appels des plus âgés, eux suivent une évolution plus complexe.
  • Les auteurs soulignent que le premier point d’inflexion des courbes a eu lieu avant le début officiel de la pandémie dans toutes les classes d’âge et de sexe. Cela suggère que l'impact négatif du COVID-19 s’est superposé à un contexte préexistant de fragilité, notamment chez les adolescentes et les personnes âgées.

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Pourquoi est-ce important ?

Les bouleversements personnels, professionnels, sociaux et sociétaux survenus depuis le début de la pandémie de COVID-19 ont eu un impact sur la santé mentale et le bien-être de la population. Les données disponibles jusqu’à présent sur le plan international ont décrit une baisse modeste des TS et des morts par suicide durant les premiers mois de 2020, suivie par un rebond dès 2021 dans certains sous-groupes de population, notamment les adolescentes. En France, les hospitalisations pour conduite suicidaire ont diminué entre janvier et août 2020, sans que l’on sache si cette tendance est liée au contexte ou si elle s’inscrit dans la baisse des chiffres observée depuis plus d’une décennie. Mais courant 2021, il a été rapporté une augmentation significative de ce chiffre chez les jeunes filles.

Sachant qu’il n’est pas possible de savoir si le nombre d’hospitalisations peut refléter celle des suicides ou TS, les chercheurs ont proposé d’exploiter les données issues des appels aux centres antipoisons pour TS, sachant que 80 % de celles reçues à l’hôpital ont lieu par ingestion de substances. Bien que ne reflétant probablement pas la totalité des cas, ce marqueur présente l’avantage d’être disponible en temps réel, par rapport aux données de décès ou d’hospitalisation, ce qui est précieux afin d’adapter la politique de prévention au plus près des besoins.

Méthodologie

Les données de la Fédération nationale des centres antipoisons français (8 centres actifs 24 heures/24) sur la période janvier 2018-mai 2022 ont été collectées pour évaluer les tendances globales, puis selon l’âge et le sexe.

Principaux résultats

Sur la période d’analyse, 66.589 appels pour TS ont été dénombrés : 15.261 en 2018, 13.808 en 2019, 13.015 en 2020, 16.185 en 2021 et 8.320 entre le 1er janvier et le 31 mai 2022. Ils avaient eu lieu après ingestion d’un nombre médian de substances égal à 2, dont au moins un médicament dans 82,2% des cas, puis de l’éthanol ou des des produits d'entretien ménager dans 10,7% et 7,8% des cas respectivement.

Ces tentatives concernaient des femmes dans 69,6% des cas, et des personnes principalement âgées entre 12 et 24 ans (52,8%) ou entre 25 et 64 ans (38,6%).

L’analyse des tendances temporelles montre que globalement, le nombre d'appels a diminué pour stagner en octobre 2019 et novembre 2020, puis repartir à la hausse. Le même travail conduit par tranches d’âge suggère une tendance comparable chez les sujets de 11 ans ou moins, avec une baisse jusque fin 2019 puis une augmentation mi-2020, le nombre d’évènements (n=) étant trop faible pour obtenir une significativité statistique. De la même façon, le faible nombre d’appels des 65 ans ne permet pas d’évaluer cette significativité, mais les tendances observées montrent deux phases : une diminution jusqu'à mi-2019, une augmentation qui a culminé mi-2020, puis une nouvelle diminution suivie d’une augmentation à partir de 2021.

Chez les 12-24 ans, la dynamique globale était une légère diminution jusque fin 2019, date à laquelle une augmentation a été observée, plus franche à partir de fin 2020. Ces tendances étaient significatives chez les hommes et les femmes. Mais chez ces dernières l'augmentation était particulièrement plus marquée et expliquait la majeure partie de l'augmentation des appels pour cette tranche d’âge. Ces observations étaient plus marquées que celles qui étaient statistiquement attendues pendant la période COVID, notamment chez les femmes

Enfin, chez les 25-64 ans, la tendance était très différente avec une baisse continue du nombre d’appels chez les femmes pendant toute la période d’analyse, et chez les hommes une diminution jusque début 2020, suivie d’une stabilisation des chiffres.