Températures extrêmes : quels facteurs favorisent la performance des marathoniens?

  • Racinais S & al.
  • Br J Sports Med

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Le suivi de coureurs de fond aux mondiaux d’athlétisme à Doha en 2019 met en lumière quelques éléments favorisant l’absence de complications durant les épreuves.

À retenir

Le suivi médical et de la température cutanée et interne d’athlètes ayant participé au marathon, au 20 kilomètres ou au 50 kilomètres lors des mondiaux d’athlétisme controversés qui ont eu lieu à Doha en 2019 met toutefois en lumière quelques éléments favorisant leur performance ou l’absence de complications.

Les athlètes de fond qui ont observé une période d’acclimatation à la chaleur ont de meilleures performances lors des courses d’endurance et ont moins de complications au cours des épreuves.

Ceux qui ont souffert de diarrhée dans les 10 jours précédant la course étaient plus nombreux à ne pas avoir fini la course ou à présenter une complication.

La surveillance du gradient température interne/température cutanée est un paramètre très pertinent pour prédire les performances.

Pourquoi est-ce important ?

L’hyperthermie maligne d’effort ou coup de chaleur à l’effort est une complication grave que les athlètes peuvent rencontrer dans des conditions de température élevée, avec des températures centrales ≥40,0°C et un risque de décès associé. Les championnats du monde d’athlétisme qui se sont tenus à Doha (Qatar) en 2019 ont été emblématiques sur ce sujet avec des conditions climatiques extrêmes lors du marathon, qui s’est malgré tout tenu de nuit (32°C pour le marathon féminin, 29,6°C pour le masculin). Lors de cette course, ainsi que celle des 20 kilomètres et des 50 kilomètres, tous les athlètes se sont vus proposer un suivi de température associé à leur surveillance médicale. Quatre vingt trois ont accepté.

Méthodologie

La température cutanée a été mesurée par caméra thermique lors du démarrage et lors du dernier tour de course effectué par chaque athlète participant. La température interne a été mesurée par ingestion d’une capsule thermométrique avant la course. Un questionnaire sur les antécédents et un suivi médical post-course a été assuré.

Parmi les 305 athlètes ayant participé à l’une des courses, 83 ont rempli le questionnaire sur les antécédents et le recours à une période d’acclimatation à la chaleur. Ils ont été 56 et 107 respectivement à accepter la mesure de température au niveau central ou cutané.

Principaux résultats

Parmi les 305 athlètes, 72% ont fini leur course et 25% ne l’ont pas fini (les 3 autres pour cent ont été disqualifiés). Par ailleurs, 57% de ceux qui ont abandonné et 17% de ceux qui ont terminé la course ont eu un évènement médical (majoritairement des crampes).

Le pic de température interne durant la course était de 39,6 °C, sans différence entre ceux qui avaient ou non fini la course. En revanche, une température cutanée finale élevée ou sa faible diminution au cours de la course étaient associées au risque de ne pas finir la course (respectivement 32°C vs 30,6°C, -0,1°C vs -1,5°C) ou d’avoir un évènement médical durant l’épreuve. Le gradient entre température interne et température cutanée était inférieur chez ceux qui avaient eu un évènement médical durant la course (7,6°C vs 9,0°C , p=0,029).

Les antécédents de symptômes ou de diagnostic de coup de chaleur à l’effort étaient plus fréquents parmi ceux qui n’avaient pas fini la course. Le fait d’avoir souffert de diarrhée dans les 10 jours précédant les Championnats du monde a augmenté la probabilité de ne pas la terminer (43% vs 20%) ou d’avoir un événement médical durant la course (71% vs 17%).

Soixante-trois pour cent des athlètes ont suivi une acclimatation à la chaleur d’une durée variable (5 à 30 jours) : ces sujets avaient un pic de température interne plus faible durant la course et avaient été mieux classés pendant leur course. Si la différence n’était pas significative, il y avait une tendance à ne pas arrêter la course ou présenter une complication.

Cette étude montre enfin que les performances des femmes ne sont pas plus affectées par la chaleur que celle des hommes et que l’élévation de température interne n’est pas corrélée à la durée de l’épreuve