Téléphones mobiles : pas trop près du corps !


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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La quantité d’énergie absorbée par le corps exposé à des radiofréquences est exprimée en DAS (débit d’absorption spécifique). Sa valeur limite réglementaire est établie à 2 W/kg en France pour les téléphones mobiles. Jusqu’en 2016, la majorité des téléphones étaient conformes pour une utilisation à une distance de 15 mm du corps. 

Des mobiles de plus en plus près du corps

Depuis, les usages se sont modifiés, avec des téléphones souvent portés très près, voire en contact, non seulement de la tête mais du corps. Or, entre 2012 et 2016, l’Agence nationale des fréquences avait effectué des mesures du DAS sur près de 300 téléphones positionnés à proximité du tronc, au contact ou à une distance de 5 mm. Ce travail avait montré qu’une grande proportion des téléphones testés avaient des valeurs de DAS supérieures à 2 W/kg, certaines dépassant même les 7 W/kg. Depuis 2016, une directive européenne a imposé de mesurer le DAS en positionnant le téléphone mobile au maximum à 5 mm du tronc. Mais certains téléphones sont encore mis sur le marché sans respect de cette directive ou, achetés avant celle-ci, sont toujours utilisés.

Des niveaux d’exposition pouvant dépasser 2 W/kg

L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a ainsi été sollicitée pour identifier d’éventuels effets biologiques ou sanitaires liés à des expositions à des DAS supérieurs à 2 W/kg. Les nouvelles données disponibles ne portent que sur l’animal ou des cultures cellulaires. Leurs résultats transposés à l’humain mettent en évidence, avec des éléments de preuve limités, des effets biologiques sur l’activité cérébrale (activités synaptique, électrique, plasticité), mais ne permettent aucune conclusion sur d’autres effets biologiques, les résultats d’études étant souvent contradictoires. Les experts de l’agence soulignent par ailleurs que les expositions mesurées par l’Agence nationale des fréquences correspondent à une situation d’emploi « au pire », très rarement rencontrée dans la vie réelle (puissance maximale d’émission pendant un long temps d’exposition).

Des mesures pour se conformer à la réglementation

L’ANSES recommande cependant que « des mesures soient prises  afin que les utilisateurs ne soient plus exposés à des DAS dépassant 2 W/kg émis par des téléphones certifiés », conformément à la directive européenne. Pour cela, elle émet plusieurs préconisations à l’égard des fabricants : mises à jour logicielles, rappel des téléphones non conformes, etc. Elle invite les usagers à respecter les précautions d’utilisation mentionnées dans les modes d’emploi (notamment la distance d’éloignement au corps). Enfin, elle  recommande que la conformité des téléphones soit désormais établie à partir de mesures du DAS au contact du corps.

Pour mémoire, l’ANSES a publié auparavant deux expertises sur les effets sanitaires des radiofréquences émises par les téléphones mobiles. Celle de 2013 avait montré, avec des éléments de preuve limités, une augmentation du risque de neurinome du nerf vestibulo-acoustique et de gliome chez les utilisateurs intensifs. Celle de 2016 avait mis en évidence chez l’enfant de possibles effets sur les fonctions cognitives et le bien-être.