TAT 2019 : Les cancers rares de plus en plus abordés dans les études de phase I

  • Dr Dominique-Jean Bouilliez

  • JIM Actualités des congrès
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L'arrivée des thérapies ciblées a modifié le paysage des études cliniques de phase I, favorisant l'inclusion de plus en plus de patients présentant des cancers plus rares. Pour l'affirmer, Jun Sato et une équipe japonaise ont analysé dans la base de données PubMed 866 études de phase I réalisées entre 1991 et 2015, études qui ont enrôlé au total 29 112 patients avec tumeurs solides de stade avancé. Essentiellement américaines (55,5 %), ces études de phase I qui ont également été conduites en Europe pour 27,8 % d'entre elles et en Asie (10,5 %), concernaient d'abord les cancers colorectaux (n = 7 510, 25,8 %), ensuite les cancers du poumon (n = 3 212, 11,0 %), soit les deux cancers les plus fréquents, suivis par les sarcomes (n = 1 756, 6,0 %), les cancers du sein (n = 1 623, 5,6 %), cancers du rein (n = 1 589, 5,5 %), et de l'ovaire (n = 1473, 5,1 %). Avec le temps, les auteurs ont constaté une diminution de la proportion (mais pas du nombre) des études de phase I concernant les cancers colorectaux et du poumon au profit d'autres localisations (voies biliaires, thyroïde, etc.). De la même manière, les études de phase I qui incluaient plusieurs types de cancers solides ont vu une réduction du nombre d'études incluant 50% ou plus de patients avec cancer colorectal ou du poumon. Cette diminution a été régulière dans le temps en passant de 46,5 % en 1991-95 à 16,7 % en 2011-2015, et elle se constate dans les 3 régions étudiées.

Jun Sato du National Cancer Center Hospital au Japon qui présentait l'étude, estimait que cette modification était fortement liée à l'apparition des traitements ciblés et des progrès majeurs réalisés en analyse moléculaire. Cela dit, l'histoire ne semble pas terminée pour autant, car cette analyse n'a pu inclure la deuxième révolution majeure en oncologie, à savoir l'immunothérapie. Les données concernant l'immuno-oncologie n'étaient en effet en 2015 encore que très éparses. « Nous n'avons donc pu inclure la croissance rapide de ce type d'études dans notre analyse, signale Jun Sato, une croissance qui s'est faite essentiellement dans deux domaines : le mélanome (que l'on verra probablement apparaître dans le tiercé de tête des essais de phase I) et les cancers du poumon (qui vont probablement dépasser en proportion les cancers colorectaux). Enfin, de très nombreux cancers beaucoup plus rares vont apparaître dans notre classement, ce qui le rendra plus complexe encore. »

Quoi qu'il en soit, la tendance majeure, et ce n'est pas un scoop, est la multiplication des études ciblées (1). Elle se traduit également par une approbation encore plus rapide des nouveaux traitements, dès la phase I pour certaines, ce qui est une véritable révolution.
Parallèlement, une autre étude regrettait le peu d'inclusion des jeunes de moins de 18 ans dans les études cliniques. Elle mettait notamment en avant le retard à l'inclusion d'adolescents : sur 108 produits investigués chez l'adolescent, 59 ont d'abord été investigués chez l'adulte, en moyenne 35 mois avant leur expérimentation chez l'adolescent (2).