Tachycardie ventriculaire : avantage à la procaïnamide


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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La procaïnamide et l’amiodarone intraveineuses constituent deux traitements médicamenteux recommandés depuis des années dans la prise en charge de la tachycardie ventriculaire stable, mais il n’existe en réalité que peu de données robustes concernant leur efficacité comparée. L’étude multicentrique prospective randomisée PROCAMIO propose pour la première fois de comparer l’efficacité et la sécurité de ces deux traitements dans la tachycardie régulière à complexe QRS large.

Méthodologie

  • PROCAMIO était une étude multicentrique, prospective, randomisée et ouverte dans laquelle les traitements par procaïnamide IV (10 mg/kg en 20 minutes) et par amiodarone IV (5 mg/kg en 20 minutes) étaient comparés après randomisation dans une cohorte de patients adultes présentant une tachycardie (≥120 bpm) régulière à complexe QRS large (≥120 ms) bien tolérée, évocatrice d’une tachycardie ventriculaire.

  • Le critère de jugement principal était l’incidence des complications cardiaques majeures dans chacun des deux groupes. Ces complications étaient définies par des signes cliniques d’hypoperfusion périphérique, des signes d’insuffisance cardiaque ou par une hypotension sévère. Deux critères de jugement secondaires étaient arrêtés : le taux d’évènements indésirables et le taux de tachycardies interrompues dans les 40 minutes suivant le début de l’injection.

Résultats

  • Parmi les 74 patients recrutés et randomisés, respectivement 33 et 29 des bras procaïnamide et amiodarone ont fait l’objet d’une analyse (après exclusion a posteriori selon les critères initiaux ou pour violation du protocole).

  • Les deux groupes présentaient des caractéristiques globalement similaires à l’inclusion. La qualification de l’épisode de tachycardie comme étant un épisode de tachycardie ventriculaire concernait 88% et 93% respectivement des deux groupes (p=0,49).

  • Au total, les complications cardiaques majeures ont touché 24% de la cohorte, mais ont été statistiquement moins fréquentes dans le groupe procaïnamide vs amiodarone (9% versus 41%, soit un odds ratio de 0,1 [IC95% :0,03 – 0,6], p=0,006).

  • Globalement 53% de la cohorte a présenté une interruption de la tachycardie à 40 minutes, répartis entre 67% du groupe sous procaïnamide contre 38% sous amiodarone (OR : 3,3 [1,2-9,3], p=0,026).

  • La fréquence de l’ensemble des évènements indésirables durant la période d’observation a été de 18% et 31% respectivement sous procaïnamide et amiodarone (p=0,24). L’évènement secondaire cardiaque le plus fréquent a été l’hypotension.

  • Enfin, une analyse en sous-groupe sur les sujets ayant une cardiopathie structurelle, a montré que les effets secondaires cardiaques majeurs étaient aussi moins fréquents dans les 40 minutes suivant le début de l’injection dans le groupe procaïnamide (11 vs 43%, soit OR : 0,17 [0,04–0,73], p= 0,017).

Limites

  • Le faible nombre de participants recrutés sur une longue période a pu constituer un biais de sélection.

  • Étude randomisée non conduite en aveugle.

Financement

Étude ayant reçu des fonds publics espagnols.

À retenir

Malgré le faible effectif recruté, la procaïnamide semble plus efficace et mieux tolérée que l’amiodarone dans le traitement des tachycardies à QRS larges, y compris en cas de cardiopathie structurelle sous-jacente. Il est possible qu’un protocole ayant administré une posologie plus faible et plus lentement administrée aurait pu réduire le taux d’évènements indésirables, mais elle n’aurait probablement pas amélioré son efficacité.