Tabac, sexe & activité physique : quel impact sur le cancer de la prostate ?

  • Brookman-May SD & al.
  • Eur Urol Focus
  • 1 sept. 2019

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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L’âge, l’origine ethnique, les antécédents familiaux sont des facteurs de risque bien connus du cancer le plus fréquent chez l’homme, à savoir le cancer de la prostate. Cependant, de nombreuses études suggèrent que des facteurs environnementaux et de style de vie pourraient également jouer un rôle non négligeable. Une revue de la littérature publiée dans la revue European Urology Focus fait l’état des lieux des données de la littérature publiées entre 2007 et 2017, concernant la relation entre le tabagisme, l’activité sexuelle, l’activité physique et le risque de cancer de la prostate.

Tabac et cancer de la prostate

Contrairement à d’autres cancers solides, l’association entre tabagisme et développement du cancer de la prostate reste débattue, les résultats des études ayant évalué une potentielle association étant très contradictoires. En revanche, une corrélation robuste est établie entre le tabagisme et l’agressivité du cancer de la prostate chez les sujets américains d’origine non-africaine, ainsi qu’entre le tabagisme et une moindre réponse aux traitements anticancéreux. Ce sur-risque pourrait perdurer jusqu’à 10 ans après l’arrêt du tabac.

Activité sexuelle et cancer de la prostate

Les principales caractéristiques de l’activité sexuelle évaluées dans ce contexte sont le nombre de partenaires, les orientations sexuelles, la fréquence des éjaculations, l’âge des premiers rapports sexuels et l’impact des infections sexuellement transmissibles (IST). Une étude a montré que le fait d’avoir eu plus de 20 partenaires sexuels (quel que soit le sexe) pouvait diminuer le risque de développer un cancer de la prostate. Bien que cela ne soit pas forcément lié, les auteurs de cette revue ont suggéré que l’augmentation de la fréquence d’éjaculation pourrait en être à l’origine, celle-ci étant un facteur protecteur établi. Concernant les IST, l’orientation sexuelle, la vasectomie, les conclusions des différentes études menées jusqu’à présent ne permettent pas d’apporter des conclusions robustes sur une éventuelle association.

Activité physique et cancer de la prostate

Bien que les résultats des études ayant évalué l’impact de l’activité physique sur le risque de développer un cancer de la prostate ne soient pas tous concordants, globalement, plusieurs études indiquent un impact positif de l’activité physique sur le développement de la tumeur et sur l’efficacité des traitements. Une méta-analyse a suggéré un effet préventif de l’activité physique menée spécifiquement entre 20 et 65 ans, sur ce type de cancer.

Quels sont les mécanistiques biologiques en jeu ?

Plusieurs hypothèses mécanistiques ont été suggérées, notamment la diminution de l’observance des dépistages et des valeurs de PSA de 8 à 12% chez les fumeurs, conduisant à des diagnostics plus tardifs et de tumeurs plus agressives, Le tabac agirait également sur le développement tumoral et sur l’efficacité des traitements notamment en modifiant la méthylation des gènes (et donc leur expression), l’oxygénation de la tumeur, l’activation des récepteurs androgéniques, ou en augmentant l’inflammation tissulaire. Le bénéfice de l’activité sexuelle, serait partiellement conditionnée à l’augmentation de la fréquence d’éjaculation qui réduirait les cristalloïdes prostatiques intraluminaux associés à un risque plus important de cancer de la prostate. Autre hypothèse concernant le bénéfice de l’activité sexuelle : la baisse de la tension psychologique et la diminution de l’activation du système nerveux sympathique central, réduirait la stimulation de la division des cellules épithéliales prostatiques. Enfin, l’activité physique pourrait réduire l’adiposité facteur favorisant l’inflammation, stimuler la réponse immunitaire, réduire le stress oxydatif, ainsi que les taux circulants de testostérone et d’IGF (insulin-like growth factor) et diminuer ainsi la prolifération des cellules tumorales.