Syndrome grippal : l’oseltamivir confirme son intérêt dans une large étude européenne menée en soins primaires

  • Butler CC & al.
  • Lancet
  • 12 déc. 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Si les antiviraux comme l’oseltamivir ont montré qu’ils pouvaient réduire la durée des symptômes chez les sujets infectés par la grippe, ils sont en pratique peu utilisés du fait de leur coût et des doutes concernant leur intérêt en soins primaires. Aussi, l’étude ALIC4E, financée par la Commission européenne, a été conduite dans 15 pays européens auprès de patients présentant un syndrome grippal pris en charge en soins primaires. Elle montre que l’oseltamivir permet aux sujets traités de récupérer en moyenne un jour avant ceux qui bénéficient uniquement des soins habituels du syndrome grippal, que l’infection par le virus de la grippe soit ou non confirmée ultérieurement. Elle montre par ailleurs que le traitement bénéficie d’autant plus aux sujets âgés, présentant des comorbidités et des symptômes plus anciens ou plus sévères, avec un délai raccourci de 2 à 3 jours.

Étude pragmatique prospective dans 15 pays européens

Les participants devaient avoir plus de 1 an et présenter un syndrome grippal depuis 72 heures au maximum. Ils ont été randomisés 1:1 entre la prise en charge habituelle seule ou associée à un traitement par oseltamivir (posologie et voie d’administration adaptées au poids et à l’âge du sujet). La randomisation prévoyait une stratification des sujets selon la classe d’âge, la sévérité globale des symptômes, les comorbidités et la durée des symptômes avant consultation.

Les patients devaient remplir un agenda des symptômes durant 14 jours et étaient recontactés (ou leurs parents) plusieurs fois à J2-4, J14 et J28 après le début du traitement. Le critère principal d’évaluation était le délai avant reprise d’une activité quotidienne normale avec une fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires considérés par les patients comme nuls ou mineurs.

Une récupération accélérée de 1 et 3 jours selon les patients

L’étude a été menée entre janvier 2016 et avril 2018, soit pendant trois saisons épidémiques. Elle a permis de recruter 3.266 participants (44,5% d’hommes, 80% entre 12 et 65 ans, 9,5% de sujets vaccinés). L’observance au traitement était globalement très bonne.

Le temps de récupération était statistiquement plus court chez les sujets sous oseltamivir (5,71 jours contre 6,73, soit un rapport de risque (HR) de 1,29 [1,20–1,39]). Selon l’appartenance des patients à chacune des 4 catégories de stratification, ce rapport de risque était compris entre 1,13 et 1,72. Le HR était de 1,27 et de 1,31 dans le sous-groupe des patients dont l’infection par le virus grippal était ou n’était pas confirmé. Parmi ce premier sous-groupe, aucune différence n’était observée selon que le virus était de type A ou B.

Le bénéfice moyen absolu apporté par l’antiviral était de 1,02 jour [0,74–1,31], et évoluait entre 0,70 [0,30–1,20] chez les moins de 12 ans sans comorbidité et présentant des symptômes peu graves à 3,20 pour les plus de 65 ans [1,0-5,50], présentant des symptômes sévères, des comorbidités et une plus importante ancienneté des symptômes.

L’aggravation ou l’apparition des nausées et vomissements était supérieure dans le groupe sous oseltamivir (21% vs 16%).