Syndrome de l’intestin irritable : l’hypnose est-elle efficace hors centres de soins tertiaires ?

  • Flik CE & al.
  • Lancet Gastroenterol Hepatol
  • 22 nov. 2018

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • L’étude randomisée IMAGINE qui a suivi 354 sujets souffrant de syndrome de l’intestin irritable (SII) a montré que des séances d’hypnose, individuelles ou en groupe, offraient un meilleur taux de réponse (soulagement des symptômes) qu’un support éducationnel spécifique à 3 mois (40,8% et 33,2% respectivement vs 16,7%) et à 12 mois (40,8% et 49,5% respectivement vs 22,6%). En revanche, les critères secondaires étaient améliorés dans les trois groupes sans bénéfice supplémentaire dans les groupes hypnose versus contrôle.

  • Cette étude conforte l’idée que l’hypnose peut être envisagée hors des centres spécialisés, en étant délivrée indifféremment en séances individuelles ou en groupe, avec une efficacité comparable. Reste que l’ampleur de l’efficacité (critère principal) est moindre que celle observée dans d’autres études ; il est possible que les patients issus des différents niveaux de soins n’aient pas exactement les mêmes profils et notamment la même composante psychologique associée à la maladie. Par ailleurs, l’absence de bénéfice sur les différents critères secondaires pose question, comme le résume l’éditorial [1] accompagnant cette publication : ceci pourrait s’expliquer par un certain nombre d’écarts entre le protocole suivi ici et celui ayant démontré son efficacité dans de précédentes études cliniques. En conséquence, ces résultats doivent être validés par d’autres travaux.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

L’hypnose s’est développée dans la prise en charge des patients souffrant de SII du fait des difficultés à les soulager par des moyens pharmacologiques. De nombreuses études ont décrit son intérêt en centres de soins tertiaires mais seule une petite étude s’était penchée jusque là sur la pertinence de sa mise en œuvre dans des centres moins spécialisés.

Méthodologie

IMAGINE est une étude randomisée multicentrique néerlandaise qui a recruté, traité et suivi 354 patients de 18-65 ans présentant un diagnostic de SII, répartis (3:3:1) entre des séances d’hypnose individuelles (45 minutes) ou collectives (60 minutes) ou des séances éducationnelles, à raison d’une séance toutes les 2 semaines durant 3 mois. Les critères d’évaluation ont été mesurés à 3 mois (fin du traitement) et à 12 mois suivant l’inclusion. Les patients ne devaient pas modifier leur traitement durant leur participation, sauf avis médical.

Principaux résultats

  • Entre mai 2011 et avril 2016, 354 patients ont été recrutés puis suivis (150 dans chaque groupe hypnose, 54 dans le groupe contrôle) : les groupes étaient majoritairement constitués de femmes (75-89% selon les groupes) et avaient en moyenne 34 à 37 ans.

  • Dans l'analyse en intention de traiter, le taux de réponse (soulagement significatif des symptômes durant 3 ou 4 semaines du mois écoulé) à 3 mois était de 40,8% [31,7–50,5] et de 33,2% [24,3- 43,5] respectivement dans les groupes hypnose individuelle et en groupe, contre 16,7% [7,6-32,6] dans le groupe éducation. À 12 mois, ces chiffres étaient respectivement de 40,8% [31,31-51,1], 49,5% [38,8-60,0] et 22,6% [11,5-39,5]. Ainsi, l’hypnose serait globalement plus efficace à 3 mois et à 12 mois (OR : 2,9 [1,2-7,4], p=0,0240 et 2,8 [12,2-6,7], p=0,0155).

  • En matière de critères secondaires (score de sévérité IBS-SSS, qualité de vie IBS-QOL, signes psychologiques SCL-90...), les trois groupes ont présenté des améliorations significatives à 3 et à 12 mois par rapport à l’inclusion, mais il n’y avait pas de différence statistique entre les groupes.

  • Les patients issus des centres de soins secondaires présentaient des scores SCL-90 supérieurs à ceux issus de soins primaires et présentaient une plus forte probabilité de répondre à l’hypnose, soulignant là une différence probable en termes de composante psychologique associée à la maladie.

Principales limitations

Les praticiens délivrant l’hypnose ont été formés mais n’avaient pas d’ancienneté en termes de pratiques relatives à la prise en charge du SII. Par ailleurs, le nombre total de séances était inférieur à celui généralement préconisé dans cette affection.