Syndrome de l’intestin irritable : interrogez vos patients sur leurs comportements face à l’alimentation

  • Melchior C & al.
  • Clin Gastroenterol Hepatol

  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir

Une étude originale a exploré l’apport alimentaire et les caractéristiques cliniques des individus atteints de syndrome de l’intestin irritable (SII) et qui évitent et/ou restreignent fortement leur alimentation. Les conclusions de celle-ci soulignent que :

  • les patients qui souffrent du SII et qui ont des comportements d’évitement ou de restriction sévères face à l’alimentation présentent plus souvent des symptômes intestinaux importants ;
  • ces patients ont également une qualité de vie plus altérée et un apport nutritionnel plus dégradé que les autres. 

Il donc important d’interroger les patients  souffrant de SII sur leurs comportements face à l’alimentation afin de pouvoir adapter au mieux leur prise en charge.

Pourquoi ces résultats sont-ils intéressants ?

Le régime pauvre en FODMAP est aujourd’hui largement recommandé chez les patients qui souffrent de SII. En revanche, il peut induire des déficits nutritionnels. Par ailleurs, les patients qui souffrent de SII seraient plus susceptibles de réduire ou d’éviter d’eux-mêmes certains aliments, afin d’améliorer leurs symptômes au risque d’avoir des déséquilibres nutritionnels. L’association entre ces comportements déviants et les caractéristiques démographiques et cliniques associées n’avait encore jamais été étudiée.

Méthodologie

Des patients souffrant de SII et suivis dans un centre de santé ont rempli un questionnaire pour valider leur qualité de vie en lien avec leur SII. Trois questions leur ont été posées afin de juger de leurs comportements d’évitement et/ou de restriction sévères face à l’alimentation. Les patients devaient également préciser la forme de leurs selles, la gravité de leurs symptômes, ainsi que leur niveau de détresse psychologique et d’anxiété. Leur alimentation a été évaluée via un questionnaire de suivi alimentaire sur 4 jours. 

Principaux résultats

Au total, 955 patients souffrant de SII (61%, 18% et 21% diagnostiqués respectivement selon les critères de Rome II, III et IV) ont été inclus, dont 75% de femmes. L’âge moyen de la population était de 38,3 ans. Parmi eux, 27% souffraient de SII à constipation prédominante, 29% de SII à diarrhée prédominante, et 34% de type mixte ou non déterminé. Sur l’ensemble de la population, 13,2% ont rapporté un évitement ou une restriction alimentaire sévères.

Notamment 26% déclaraient qu’il leur arrivait fréquemment de ne pas manger bien qu’ils avaient faim, du fait de leur SII, 54% évitaient fréquemment certains aliments, et 21% avaient le sentiment d’avoir perdu un certain intérêt vis-à-vis de l’alimentation du fait de leur SII.

Les sujets qui rapportaient ces comportements déviants sévères face à l’alimentation étaient plus susceptibles d’avoir un SII de type diarrhéique. Ils étaient également globalement plus jeunes que les autres et rapportaient plus souvent des souillures. Ils avaient plus de symptômes somatiques de SII et un niveau plus élevé de détresse psychologique. En revanche, aucune association n’a été mise en évidence avec le sexe, l’IMC, la durée de la maladie ou la fréquence des selles. Les sujets ayant ces comportements déviants face à l’alimentation avaient une qualité de vie significativement altérée par rapport aux autres. L’analyse des questionnaires de prise alimentaire sur 4 jours montrait que l’évitement et la restriction alimentaire sévères conduisaient à une diminution significative de l’apport énergétique total, ainsi que de l’apport en protéines, en glucides, notamment en fructanes et en fibres. Les apports en vitamines étaient également moindres chez ces patients.

La présence de selles molles était indépendamment associée à l’évitement et à la restriction alimentaire.