Syndrome de l’intestin irritable : des conseils de spécialistes pour la prise en charge

  • Claude Demare

  • JIM Actualités médicales
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En juillet 2013, la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE) et le Groupe français de neuro-gastroentérologie (GFNG) ont publié des conseils pratiques sur la prise en charge du syndrome de l'intestin irritable (SII). Le bon sens a inspiré les auteurs…

Les critères diagnostiques du syndrome de l'intestin irritable (SII) restent essentiellement cliniques, avec des symptômes et un délai. Des symptômes - douleurs abdominales chroniques ou inconfort abdominal, ballonnements et troubles du transit - sont survenus au moins trois jours par mois pendant les trois derniers mois et durent depuis au moins six mois.

Selon le type de trouble du transit, on distingue des formes avec diarrhée prédominante (SII-D), avec constipation prédominante (SII-C), mixtes (SII-M)… et des formes inclassées.

Certains signes doivent faire rechercher une pathologie organique : âge > 50 ans, présence de sang dans les selles, anémie, symptômes nocturnes, amaigrissement, apparition ou modification récente des symptômes.

Enfin, d'autres comorbidités seraient en faveur du diagnostic de SII : fibromyalgie, cystite interstitielle (vessie douloureuse), syndrome de fatigue chronique, dyspepsie.

Ne pas surcharger de bilans

Aucun examen complémentaire ne permet d'affirmer le diagnostic de SII (le bilan sanguin est notamment normal), mais certains doivent être réalisés, avec discernement, afin d'éliminer une pathologie organique. Au plan biologique, une NFS est utile pour rechercher une anémie, le dosage de la CRP, un syndrome inflammatoire. En cas de SII-D, le dosage de la TSH permet d'éliminer une hyperthyroïdie et celui des anticorps anti-transglutaminases une maladie coeliaque.

La coprologie fonctionnelle ou la coproculture ne sont pas recommandées. Mais des explorations sont utiles dans certains cas de SII-D : l'examen parasitologique des selles (SII-D à début brutal, pour éliminer une lambliase), la coloscopie avec biopsies coliques étagées (pour éliminer une colite microscopique) et la gastroscopie avec biopsies duodénales (pour éliminer une maladie coeliaque ou une lambliase) ou en cas de dyspepsie.

Une altération de la qualité de vie parfois majeure

Parallèlement, les auteurs insistent sur l'évaluation de la qualité de vie du patient, et sur l'importance d'établir une bonne relation afin de limiter le nomadisme médical. Il faut donner le diagnostic au patient, expliquer, rassurer, prendre en compte le rôle de certains événements de vie (traumatismes psychiques et/ou physiques) et fixer des objectifs raisonnables comme réduire la fréquence et l'intensité des symptômes et améliorer la qualité de vie.

Les options thérapeutiques

En premier lieu, les patients doivent être informés de l'importance de l'effet placebo dans cette affection et ils doivent savoir que les traitements éventuels ne doivent pas être systématiquement pris au long cours. En cas d'inefficacité initiale, il est également inutile de poursuivre, mais sans que le diagnostic ne soit remis en cause. Les différences classes thérapeutiques sont souvent utilisées les unes après les autres.

En pratique, on encourage d'abord la pratique régulière d'une activité physique qui a démontré qu'elle pouvait diminuer la sévérité du syndrome. Les patients sont très demandeurs de conseils diététiques, mais les régimes d'exclusion peuvent provoquer des carences. L'allergie alimentaire vraie est cependant rare et les tests disponibles (IgG ou autres) ne suffisent pas à exclure un aliment. Si une intolérance alimentaire est évoquée, on peut proposer d'exclure transitoirement les aliments incriminés, à condition de les réintroduire si cette mesure n'améliore pas nettement les symptômes au bout d'un mois. Il s'agit par exemple des intolérances au lactose, aux FODMAP (saccharides et polyols fermentiscibles par la flore intestinale), rarement au gluten (l'hypersensibilité au gluten sans maladie coeliaque a néanmoins été décrite récemment). En revanche, il n'y a pas d'intérêt à augmenter les fibres et les fibres insolubles peuvent même majorer les symptômes.

Les traitements médicamenteux de première intention sont les antispasmodiques (en cas de douleurs abdominales et/ou ballonnements), les laxatifs (en cas de SII-C et SII-M) et les antidiarrhéiques (pour les SII-D).

En cas d'échec, notamment dans les formes douloureuses, on peut recourir aux antidépresseurs (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine ou tricycliques) à doses progressives et à une posologie inférieure à celle utilisée dans la dépression. Il a aussi été rapporté une efficacité des traitements utilisés dans les douleurs neuropathiques chez les malades ayant une hypersensibilité viscérale. Quant à l'efficacité des probiotiques, elle dépend de la souche testée, de la dose et de la forme utilisée. Les traitements alternatifs (acupuncture, ostéopathie) n'ont pas fait preuve d'efficacité, sauf l'hypnose et peut-être les thérapies cognitivo-comportementales.

Enfin, il faut signaler l'importance de l'éducation thérapeutique et l'intérêt de s'appuyer sur l'APSSII : Association de Patients souffrant du Syndrome de l'Intestin Irritable (www.apssii.org).


Jean-Marc Sabaté, Pauline Jouet. GFNG & SNFGE. Prise en charge du syndrome de l'intestin irritable. Conseil de pratique. Juillet 2013.
http://www.snfge.asso.fr/01-Bibliotheque/0K-Conseils-pratique/pdf/Conseil-de-Pratique-SNFGE--SABATE-FINAL.pdf

Références

• Longstreth GF, Thompson WG, Chey WD, Houghton LA, Mearin F, Spiller RC.
• Functional bowel disorders. Gastroenterology 2006; 130:1480-1491
• Spiller R, Aziz Q, Creed F, et al. Guidelines on the irritable bowel syndrome: mechanisms and practical management. Gut 2007; 56:1770-1798.
• Francis CY, Morris J, Whorwell PJ. The irritable bowel severity scoring system: a simple method of monitoring irritable bowel syndrome and its progress. Aliment Pharmacol Ther 1997; 11: 395 - 402