Survie après le cancer chez le sujet âgé : le paradoxe de l’obésité …

  • Clin Nutr

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

Les résultats d’une étude française montrent que l'obésité chez les sujets de plus de 65 ans atteints de cancer avec métastases serait associée de manière négative et indépendante à la mortalité à 6 mois par rapport aux sujets de poids normal. Cette association ne serait pas retrouvée en cas de cancer localisé. Cependant, l’IMC utilisé dans cette étude, n’est pas la mesure la mieux adaptée chez les sujets âgés pour évaluer l’association entre l’obésité et le pronostic vital des individus souffrant de cancer.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

À mi-vie l’obésité serait un facteur de risque de mortalité bien connu, en revanche, de récentes études ont suggéré que cette association ne serait pas aussi évidente chez les individus de 65 ans et plus. C’est ce qui a fait naître « le paradoxe de l’obésité ».

Jusqu’à présent aucune étude n’avait évalué le paradoxe de l’obésité chez des sujets âgés souffrant de cancer après ajustement sur une évaluation gériatrique qui permettait de détecter les risques de vulnérabilité en termes de santé et de comorbidités.

Méthodologie

Tous les sujets de 65 ans et plus suivis en ambulatoire pour un cancer en service de gériatrie à l’hôpital Avicenne de Bobigny et Jean Verdier de Bondy, entre 2013 et 2016 ont été inclus. Les patients de la cohorte Physical Frailty in Elderly Cancer (PF-EC) devaient avoir été orientés vers ces services après suspicion ou confirmation histologique d’un nouveau cancer, et lorsqu’une fragilité avait été suspectée au cours des deux semaines précédant la décision de traitement du cancer.

Principaux résultats

Parmi les 433 patients inclus (âge médian 82 ans, 51% de femmes), 95% avaient une tumeur solide, 20% une tumeur localisée (avancée dans 35% des cas) et 45% des sujets avaient des métastases. Les principaux cancers étaient des cancers digestifs (44,3%), des cancers du sein (18%) et des poumons (14,5%). Sur l’ensemble de la cohorte PF-EC, 20,3% des sujets étaient obèses à l’inclusion. Le taux de mortalité durant les 6 mois de suivi était de 17%. L’évaluation gériatrique a mis en évidence que les deux tiers des individus souffraient de comorbidités sévères, étaient polymédiqués et avaient une faiblesse musculaire. Les individus de la cohorte avaient une perte d’autonomie vis-à-vis des activités dites instrumentales (utilisation d’un téléphone, prise des transports ou de médicaments, gestion de son argent) plus importante que celle relative aux activités de la vie quotidienne (s’habiller, faire sa toilette, manger, …). Plus de 50% des individus avaient une vitesse de marche réduite et des troubles cognitifs. Et moins de la moitié des sujets avaient une humeur dépressive et un taux de CRP ≥10 mg/L. 

Après ajustement sur différentes variables (sexe, vitesse de marche, état mental (Mini-Mental State Examination-MMSE), localisation du cancer, soins de supports), les analyses ont montré que l’obésité (par rapport au poids normal) était associée de manière négative et indépendante à la mortalité à 6 mois seulement chez les sujets présentant des métastases (hazard ratio ajusté (HRa) 0,17 [0,03-0,92], p=0,04).

Principales limitations

Peu de sujets ayant une obésité morbide ont été inclus, de fait il n’a pas été possible de déterminer l’association entre l’obésité et la mortalité chez ces individus. La courte durée du suivi ne permet pas de confirmer le paradoxe de l’obésité chez les sujets non métastatiques.