Suivi post-infarctus: résultats concluants avec la télésurveillance

  • Dr Jean-Pierre Usdin
  • 11 mai 2020

  • Actualités Médicales par Medscape
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

Leiden, Hollande —Selon une publication du JAMA Network, la télésurveillance de la pression artérielle après un infarctus du myocarde via une application sur téléphone mobile s’avère aussi efficace qu’un suivi conventionnel en clinique.

C’est ce que révèle une petite étude hollandaise randomisée, qui montre par ailleurs que les patients, une fois sélectionnés, adhèrent bien à ce type de dispositif [1].

Voilà une information particulièrement précieuse en ces temps de confinement lié à l’épidémie de COVID-19, mais aussi dans le contexte plus global du vieillissement de la population et du nombre croissant de patients atteints de pathologies cardiaques.

« A notre connaissance, il s’agit de la première étude randomisée menée dans cette population de patients qui propose de substituer partiellement les consultations en clinique par des rendez-vous virtuels. La téléconsultation peut induire un gain de temps et une réduction notable des coûts », ont commenté les auteurs.

Dans cette étude monocentrique, le Dr Roderick Treskes et ses collègues(Leiden University Medical Center, Leiden, Hollande) ont mis en place un système de suivi à distance s’appuyant sur quatre applications pour évaluer la tension artérielle, mais aussi le nombre de pas quotidiens, le poids et rythme cardiaque par électrocardiogramme (ECG).

Quatre dispositifs connectés

L’application mesurant la tension artérielle est associée à un brassard connecté au téléphone par Bluetooth. Le patient doit l’installer lui-même en haut du bras et activer le gonflage par l’application. Celle-ci affiche alors les chiffres de la pression artérielle, tout en les transmettant au dossier médical électronique du patient, accessible au personnel médical.

Les autres applications sont également reliées à des dispositifs. Le compteur de pas s’appuie sur une montre connectée, tandis que le poids est mesuré via une balance également connectée par Bluetooth. Le dispositif utilisé pour l’ECG fait, quant à lui, la taille d’une carte de crédit. Pour afficher et enregistrer un tracé ECG sur l’application, le patient doit apposer deux doigts de chaque main sur les deux électrodes de la carte.

L’étude a inclus 200 patients, en majorité des hommes (78%), pour un suivi après un infarctus du myocarde (ST+ ou ST-). L’âge médian était de 60 ans. Ils ont été randomisés pour avoir pendant un an, soit un suivi à distance par le biais des applications, soit un suivi conventionnel comprenant quatre visites au centre hospitalier.

Initialement, l’évaluation a été proposée à 275 volontaires. Parmi les 75 patients exclus de l’essai, 40% ont refusé par peur d’être trop souvent confronté au souvenir de leur pathologie cardiaque et 30% se sont avant tout montrés réticents à l’utilisation d’outils de nouvelle technologie. Ces derniers étaient en moyenne plus âgés que les autres.

Téléconsultations et visites au centre

Dans le groupe « suivi à distance », deux téléconsultations par visioconférence ont été organisées à 1 mois et à 6 mois en plus de deux visites au centre à 3 mois et à 12 mois, qui comprenaient la réalisation d’une échocardiographie transthoracique. Chaque jour, les patients devaient lancer leurs applications pour mesurer les quatre paramètres.

Le protocole prévoyait de contacter les patients en cas de pression artérielle (PA) systolique > 139 mmHg ou de PA diastolique > 89 mmHg pour les inviter à une éventuelle consultation au centre. Il en était de même lorsque l’ECG affichait une arythmie ou des extrasystoles ventriculaires répétées.

Les résultats à un an montrent une absence de différence significative entre les deux groupes dans le contrôle de la pression artérielle. L’objectif tensionnel (PA

La mortalité toutes causes confondues était de 2% dans les deux groupes après un an de suivi. Au total, 20 réhospitalisations pour cause cardiaque non fatale ont été enregistrées sans différence significative entre les groupes (8 dans le groupe interventionnel et 12 dans le groupe contrôle).

Plus de 80% de satisfaction

La satisfaction générale est apparue similaire entre les deux groupes, avec 82,6% des patients s’estimant satisfaits du suivi à distance, contre 82% dans le groupe « suivi conventionnel ». Chez les patients suivis par télémedecine, 96% ont aussi apprécié de pouvoir consulter les résultats en temps réel.

« L’utilisation de la technologie mobile dans le suivi des patients après un infarctus du myocarde n’améliore pas le contrôle de la pression artérielle, mais la mise en place de ce type de suivi électronique est réalisable et bien acceptée par les patients », commentent les auteurs. Cette technologie permet également un suivi ininterrompu.

Selon eux, « de futures recherches devront confirmer ces résultats et définir au mieux les sous-groupes de patients les mieux disposés à bénéficier d’une technologie s’appuyant sur le smartphone ». Les patients devront notamment être capables d’adapter l’usage de cette technologie à leurs besoins.

Dans un éditorial accompagnant la publication, le Dr Steven Bradley (Minneapolis Heart Institute, Minneapolis, Etats-Unis) rappelle que les outils de santé connectée sont devenus nombreux, avec notamment plus de 250 000 applications santé actuellement disponibles, mais peu d’études ont pu confirmer leur intérêt [2.]

Des visites programmées inadaptées?

Cet essai randomisé apporte de nouveaux arguments favorables à la télésurveillance, qui au final pourrait être mieux adaptée à l’évolution clinique du patient, estime le cardiologue, qui souligne le caractère parfois informel des visites de consultations.

« Les visites programmées peuvent être mal synchronisées par rapport à l’état clinique du patient et peuvent ainsi s’avérer mal adaptées à la prévention d’une décompensation », estime-t-il. Selon lui, l’utilisation de l’e-santé à travers le téléphone portable pourrait être un moyen d’améliorer les soins chez les patients à risque.

En raison du vieillissement de la population et des maladies chroniques en hausse, « les délais pour obtenir une consultation ont augmenté de 30% entre 2014 et 2017 », rappelle le Dr Bradley. Dans ce contexte, un modèle alternatif par télémédecine « pourrait éviter d’avoir à programmer de nombreuses visites ».

« Même si les preuves du bénéfice en santé des applications mobiles et de la transmission de données par les patients sont encore limitées, cela ne doit pas freiner l’enthousiasme que suscite le potentiel [de ces pratiques] pour compenser les lacunes de l’offre de soins conventionnelle », a-t-il conclu.

 

Le Dr Treskes a déclaré des liens d’intérêt avec Boston Scientific, fabricant de dispositifs médicaux. Le département de cardiologie du Leiden University Medical Center reçoit également des fonds de Boston Scientific, Medtronic et Biotronik.

Cet article a été initialement publié sur Medscape édition française