Suivi des sujets VHC cirrhotiques : des arguments pour une surveillance spécifique du risque de cancer extrahépatique


  • Caroline Guignot
  • Actualités médicales
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À retenir

Selon les données à 5 ans de l’étude ANRS CO12 CirVir, les sujets infectés par le VHC au stade de cirrhose présentent un risque accru de cancers non hépatiques, avec un taux global de mortalité standardisé selon l’âge et le sexe de 1,31 ([1,04-1,64], p=0,017) rapporté  à celle du reste de la population générale française, et de 1,57 ([1,08-12,22], p=0,013) pour ceux ayant spécifiquement atteint une réponse virologique soutenue (RVS). Selon l’analyse de l’ensemble de la cohorte (cirrhose liée au VHB ou au VHC), les cancers non hépatiques constituaient la quatrième cause de décès (13.2%) derrière la progression d’un cancer primitif du foie (30,5%), l’aggravation hépatique non liée à un cancer (26.4%) et l’infection (12.6%). Elle était même la première cause chez les seuls sujets ayant atteint un contrôle virologique.

Ces résultats, parus récemment dans le journal Hepatology , présentent l’avantage de provenir du suivi prospectif d’une large cohorte pour laquelle l’évolution clinique, virologique et thérapeutique était qualifiée, alors que les données jusqu’à présents disponibles sur les liens entre infection virologique et cancer émanent principalement d’études rétrospectives. Si les données concernant les hémopathies malignes doivent être interprétées avec précaution, du fait du faible nombre de cas recensés durant le suivi, cette étude permet cependant de qualifier un risque qu’il conviendra d’évaluer par la suite chez les sujets non cirrhotiques et chez les sujets traités par les nouveaux antiviraux d’action directe. Les auteurs suggèrent cependant qu’une surveillance spécifique puisse être proposée aux sujets concernés.

Principales données

  • Le travail d’analyse a été mené auprès des sujets de la cohorte, constituée entre 2006 et 2012, qui étaient infectés par le VHB ou le VHC, présentaient une cirrhose compensée (Child-Pugh A) ou une absence de complication hépatique comme un cancer primitif du foie. Ainsi, parmi les 1.671 patients (âge médian : 54,9 ans, 67,3% d’hommes, suivi médian 59,7 mois), 79,2% étaient infectés par le VHC, 18,9% par le VHB, et 1,9% par les deux virus.
  • L’incidence cumulée du cancer primitif du foie (CPF) était de 13,4% et celle du cancer non hépatique de 5,9%. Le diagnostic de ces derniers était généralement posé à un plus jeune âge que dans la population générale (63,6 ans vs 67,7 ans ; p vs population générale). Après distinction des sujets selon la nature de l’infection, ce chiffre était de 1,31 en cas de VHC vs la population générale, et n’était pas statistiquement significatif pour les sujets VHB.
  • Le rapport d’'incidence des hémopathies malignes standardisé selon l'âge était de 2,03 par rapport à population générale, avec un diagnostic à un âge moyen plus précoce (61,7 ans vs 70,3 ans).
  • Chez les patients traités pour leur VHC, le rapport de l'incidence des cancers non hépatiques était de 1,26 [0,96-1,61] par rapport à la population générale, et de 1,57 [1,08-2,22] pour ceux ayant atteint la RVS. Les facteurs de risque de cancers extrahépatiques identifiés étaient l'âge et la RVS chez les sujets VHC et le tabagisme et l’âge chez les sujets VHB.