Stupeur et (dé)confinement

  • Serge Cannasse

  • Éditorial
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La pandémie de COVID-19 reflue en Europe et pour l’instant nul ne peut prédire son avenir : deuxième vague, ondulations plus ou moins fortes ou disparition. Le choc passé, 2 attitudes sont possibles. La première est celle des certitudes confortées par l’événement : la crise a mis en évidence ce que nous savions déjà (dégradation de l’hôpital public, inorganisation de la médecine de ville, impréparation au risque épidémique, dépendance de nos approvisionnements en médicaments et dispositifs médicaux, etc, pour en rester aux seuls problèmes de santé). La seconde est celle de la suspension du jugement, chère aux cliniciens pour qui la médecine est d’abord affaire d’incertitude. Elle implique une lente décantation de la stupeur provoquée par la crise et un effort d’observation et de réflexion.

Nous avons vécu sur la conviction d’une transition épidémiologique qui a fait passer le risque infectieux au second plan de nos préoccupations derrière les maladies chroniques. Quelques épidémies en avaient fait douter. Elle a pourtant justifié le « virage ambulatoire ». Or voici que depuis deux mois, l’hôpital est redevenu le héros, blessé, un genou à terre, mais grâce à la vaillance de ses personnels, redressé. Dans la foulée, on découvre l’importance fondamentale de tous ces indispensables métiers du « care » qui ont pourtant été si longtemps négligés, que ce soit à l’hôpital ou en ville. Le problème n’est plus « l’hospitalocentrisme », mais la refonte du système de soins et de la santé publique. Vaste programme dans lequel les nécessaires revalorisations salariales n’apparaissent que comme un préambule pour renouer avec la confiance.

Nous ne savions pas grand-chose de ce SARS-CoV-2, alors qu’il y avait urgence. Aussi, encore aujourd’hui, nous sommes accrochés au feuilleton prodigieux de la science en train de se faire. Et ses multiples rebondissements donnent raison à la fois à ceux qui privilégient la construction patiente de l’objectivité, valable en tout temps et tout lieu, et à ceux pour qui le savoir n’est que jeux d’acteurs, avec leurs stratégies, leurs ambitions, leurs convictions. Dont 2 protagonistes omniprésents : Internet et l’opinion publique. 

Ç a n’est pas tout. La pandémie révèle l’intrication profonde de la santé humaine avec l’environnement : santé animale, bien sûr, mais aussi flux des personnes et des marchandises, niveaux de vie et d’éducation, systèmes de protection sociale, décisions politiques. La médecine découvre qu’elle n’est qu’un élément de la santé publique.

Mais un élément fondamental. Bien plus qu’un dialogue singulier, elle est au carrefour des individus et leurs environnements. Au cœur de nos vies. C’est sans doute ce qu’ont bien perçu nos concitoyens, pour qui les questions de santé sont depuis longtemps cruciales. C’est ce qu’un bon nombre de nos représentants politiques sont aujourd’hui obligés de reconnaître.