Stress au travail : impacte-t-il le risque de mortalité ?

  • Kivimäki M & al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol
  • 5 juin 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

L’étude IPD-Work constitue la plus large étude multi-cohortes ayant évalué l’impact du stress au travail sur la mortalité en fonction de la présence ou non de maladies cardiovasculaires ou d’un diabète.

Chez les hommes qui présentent une maladie cardiométabolique, le stress lié au travail contribue significativement au risque de mortalité indépendamment des facteurs de risque conventionnels, de leur traitement et de leur style de vie. Ces résultats soulignent également que le stress au travail augmente le risque de mortalité même chez les hommes ayant une maladie cardiométabolique, mais qui grâce à un traitement n’ont plus d’hypertension ou de dyslipidémie. 

Pourquoi est-ce important ?

Bien que les recommandations de prévention des pathologies cardiovasculaires préconisent la prise en charge du stress, peu de données existaient jusqu’à présent sur l’impact du stress au travail sur le risque de survenue de ces maladies. Ces résultats suggèrent que la prévention primaire est un élément essentiel sur lequel il faut agir.

Principaux résultats

Au total, les données de 102.633 individus ont été évaluées sur un suivi moyen de 13,9 ans. Parmi eux, 3.441 sujets avaient une maladie cardiométabolique à l’inclusion et 3.841 sont décédés durant le suivi. Parmi les sujets qui avaient une maladie cardiométabolique (1.975 étaient des hommes et 1.466 des femmes), 396 hommes et 73 femmes présentaient des antécédents de coronaropathie, 214 hommes et 153 des antécédents d’AVC, 1.425 hommes et 1.266 femmes des antécédents de diabète, 54 hommes et 18 femmes avaient deux de ces troubles et 3 hommes et 4 femmes avaient les trois.

Chez les hommes qui présentaient une maladie cardiométabolique à l’inclusion, ceux qui avaient un travail stressant présentaient une augmentation substantielle du taux de mortalité par rapport aux autres, même après ajustement sur plusieurs variables liées au style de vie (statut tabagique, consommation d’alcool, activité physique, IMC, statut socioéconomique) : respectivement 149,8/10.000 personnes-années et 97,7/100.000 personnes-années, soit une différence de 52,1/10.000 personnes-années, HRa 1,68. 

Après ajustement aux facteurs de risque cardiométabolique conventionnels (pression artérielle, taux de cholestérol total), le risque restait significativement plus élevé chez ceux qui avaient un travail stressant par rapport aux autres (HR 1,84, p =0,029).

La différence de mortalité était plus importante entre les fumeurs et ceux qui avaient arrêté de fumer ou qui n’avaient jamais fumé (78/10.000 personnes-années) qu’entre ceux qui présentaient ou non une hypertension, un taux élevé ou non de cholestérol, un diabète ou non, qui pratiquaient une activité physique ou non ou encore qui avaient ou non une consommation élevée d’alcool (différence de mortalité entre 5,9 et 44,0/10.000 personnes-années selon le paramètre considéré).

L’excès de mortalité associé à un travail stressant a également été mis en évidence chez les hommes qui avaient une maladie cardiométabolique et qui avaient atteints la cible thérapeutique, et ce même s’ils avaient une vie saine (HR 2,01), une pression artérielle normale et pas de dyslipidémie (HR 6,17).

Chez les femmes et chez les sujets sans maladie cardiométabolique, l’association entre travail stressant et mortalité était faible ou absente.

Méthodologie

Étude menée sur 7 cohortes à travers le consortium IPD-Work initié en Finlande, France, Suède et Royaume-Uni entre 1985 et 2002. Le stress au travail était défini comme une tension (entre la demande de travail et le contrôle) et un déséquilibre entre l’effort fourni et la récompense, ces deux items étant mesurés par des questionnaires spécifiques. La prévalence à l’inclusion des maladies cardiométaboliques a été évaluée au niveau individuel (coronaropathie, AVC ou diabète).

Les facteurs de stress au travail, le statut socioéconomique et les facteurs de risque liés au mode de vie (pression artérielle systolique et diastolique, cholestérol total, statut tabagique, IMC, activité physique et consommation d’alcool) étaient évalués à l’inclusion.

Les données de mortalité, incluant la date et la cause du décès étaient recueillies à travers les registres de mortalité nationaux.

Principales limitations

Une seule mesure du stress au travail et des facteurs de risque a été réalisée. Il est possible que la prévalence des maladies cardiométaboliques ait pu être sous-estimée.