STOP DIABETES ou quand les Américains tentent de contenir le prédiabète

  • Armato JP & al.
  • Lancet Diabetes Endocrinol
  • 13 sept. 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude observationnelle rétrospective menée en « vie réelle » montre qu’une approche médicale personnalisée basée sur la physiopathologie de la maladie et le niveau de risque de l’individu permettrait de prévenir ou retarder le développement vers un diabète de type 2. Cette approche passe par des conseils d’hygiène de vie et des traitements médicamenteux adaptés. Les résultats soulignent que l’utilisation d’un score simplifié permettant d’évaluer la fonctionnalité des cellules bêta chez des individus ayant ou non une tolérance normale au glucose ou chez les sujets présentant un statut prédiabétique peut être bénéfique dans le cadre d’une intervention pharmacologique limitant la progression vers un diabète de type 2. 

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Environ un adulte américain sur trois a un prédiabète. Dans un tiers des cas, ces individus vont progresser vers un diabète de type 2 dans les 5-7 ans. Or, des études ont montré que 40% des personnes qui évoluaient vers un diabète de type 2 dans les cinq ans avaient une tolérance au glucose normale à l’inclusion. Ces données apportent des éléments complémentaires pour engager de nouvelles mesures de santé publique aux États-Unis. 

Méthodologie

Étude rétrospective observationnelle menée chez des sujets ayant un risque de diabète de type 2 important. Les individus étaient classés en fonction de la sévérité de leur résistance à l’insuline, de la fonctionnalité des cellules bêta et des résultats 1h après un test d'hyperglycémie provoquée par voie orale (HGPO). Tous les sujets recevaient des conseils adaptés d’hygiène de vie. Les patients à haut risque de diabète recevaient en plus un traitement par metformine, pioglitazone (non commercialisée en France), agoniste des récepteurs au GLP-1 (glucagon-like peptide-1) et ceux ayant un risque intermédiaire un traitement par metformine, pioglitazone. Les sujets qui refusaient les traitements médicamenteux pouvaient suivre seulement les conseils d’hygiène de vie. Les individus étaient suivis tous les 6 mois, un HGPO était répété à 6 mois et tous les 2 ans ou plus tôt chez les sujets dont l’HbA1c augmentait au-dessus de 6,0%. 

Principaux résultats

Entre début janvier 2009 et fin décembre 2016, 1.769 sujets à risque de diabète ont été inclus dans l’étude. Parmi eux, 747 (42%) ont été identifiés comme étant à risque élevé ou intermédiaire, nécessitant donc une prise en charge médicamenteuse. 

Au total, 422 sujets ont terminé le suivi moyen de 32,09 mois (ils étaient respectivement 73, 53, 37, 25, 17, 13 et 5% à 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7 ans de suivi). Parmi tous ces individus, 7% ont progressé vers un diabète de type 2 (0% de ceux à risque élevé, 5% de ceux à risque intermédiaire et 11% de ceux qui n’avaient reçu que des conseils d’hygiène de vie). 

Par rapport aux patients qui recevaient uniquement des conseils d’hygiène de vie, le hasard ratio ajusté (HRa) de la progression vers un diabète de type 2 était de 0,12 [0,02-0,94], p=0,04, chez ceux à haut risque et 0,29 [0,11-0,78], p=0,0009 chez ceux à risque intermédiaire. L’amélioration de la fonctionnalité des cellules bêta était par ailleurs fortement prédictive d’une prévention du diabète de type 2.

Une tolérance normale au glucose a pu être restaurée chez 39% des sujets ayant bénéficié uniquement de mesures d’hygiène de vie, chez 52% de ceux ayant un risque intermédiaire et 77% de ceux ayant un risque élevé. Aucun sujet quel que soit le groupe n’a rapporté de symptôme d’hypoglycémie.

Principales limitations

Il ne s’agit pas d’un essai prospectif randomisé, mais d’une étude rétrospective avec les limitations inhérentes à cette méthodologie. D’autres études sur une population plus large et plus variée seraient intéressantes. Enfin, notons qu’aucune recommandation française ne supporte ces stratégies de prise en charge médicamenteuse du prédiabète et que la pioglitazone a été retirée du marché français.