Stimuler le vague, une prochaine alternative pour le traitement de la FA paroxystique ?

  • Dr Robert Haïat

  • JIM Actualités médicales
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Chez les patients qui ont une fibrillation atriale (FA), la restauration du rythme sinusal fait appel, lorsque les anti-arythmiques n'y sont pas parvenus, à la technique de l'ablation ; celle-ci a elle-même ses limites puisque moins de 50 % des sujets qui y ont recours sont encore en rythme sinusal 5 ans après la procédure. Compte tenu de l'incidence croissante de la FA dans la population (l'arythmie serait susceptible de toucher 15 millions de personnes aux Etats Unis en 2050), il était légitime d'explorer d'autres voies thérapeutiques et notamment celle de la neuro-modulation déjà utilisée dans le traitement de diverses affections dont l'épilepsie et l'insuffisance cardiaque.

Récemment, l'équipe de Scherlag (Yu et coll., Heart Rhythm 2013; 10: 428-35) avait montré expérimentalement chez le chien qu'on pouvait abolir l'inductibilité d'une FA grâce à une stimulation transcutanée de faible intensité du nerf vague cervical. Il restait à cette équipe d'évaluer cette technique non invasive chez l'homme.

C'est désormais chose faite pour la première fois.

L'étude rapportée par Stavrakis et coll. a été menée chez 40 patients présentant une FA paroxystique qui devait être traitée par ablation. Après randomisation, les patients ont été assignés à une heure de stimulation transcutanée de faible intensité du nerf vague cervical (n = 20) ou à une procédure factice (n = 20).

La stimulation transcutanée de faible intensité (20 Hz soit un voltage inférieur de 50 % à celui qui ralentit le rythme sinusal) du vague cervical était réalisée via un clip métallique positionné sur le tragus de l'oreille (zone où la branche auriculaire du nerf vague est le plus accessible).

Sous anesthésie générale, la FA était induite par une salve de stimuli, d'abord à l'état basal puis après une heure de stimulation vagale transcutanée du tragus de l'oreille ou de procédure factice. A ce moment, un prélèvement sanguin était alors effectué au niveau du sinus coronaire et de la veine fémorale pour y doser les cytokines marqueurs de l'inflammation à savoir le facteur α de nécrose tumorale (TNF-α) et la CRP (C-reactive protein) et ce, afin de déterminer les effets anti-inflammatoires de la procédure.

Moindre durée de la FA induite en cas de stimulation du vague

La durée de la FA induite par stimulation de l'oreillette a diminué significativement de 6,3 ± 1,9 minutes, par rapport à l'état basal, dans le groupe stimulation vagale comparé au groupe contrôle qui avait subi une procédure factice (p = 0,002 pour la comparaison entre les 2 groupes).

La longueur du cycle de la FA a augmenté significativement de 28,8 ± 6,5 ms par rapport à l'état basal dans le groupe stimulation vagale mais ne s'est pas modifiée dans le groupe contrôle (p = 0,0002 pour la comparaison entre les 2 groupes).

Les taux de TNF-α et de CRP systémiques (et non ceux prélevés au niveau du sinus coronaire) ont diminué significativement dans le seul groupe stimulation vagale.

En conclusion, cette étude montre pour la première fois chez l'homme qu'une stimulation trans-cutanée, de faible intensité de la branche auriculaire du nerf vague au niveau du tragus de l'oreille peut supprimer de façon non invasive, l'inductibilité d'une FA et réduire le taux des cytokines inflammatoires.

Ces résultats ouvrent peut-être une nouvelle alternative, non pharmacologique et non ablative, de traitement de la FA paroxystique : celle de la modulation du système nerveux autonome qui pourrait un jour prochain être réalisée en ambulatoire.