Statines : des bénéfices à 10 ans aux bénéfices à 30 ans...


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Selon une approche basée sur le bénéfice clinique, une fraction de la population échappant aux actuelles recommandations pourrait bénéficier d’un traitement par statines. Ainsi, un adulte américain de 40-60 ans sur 6 sans maladie cardiovasculaire diagnostiquée pourrait être éligible à un traitement par statines en prévention primaire. Il s’agirait essentiellement de femmes autour de la cinquantaine et présentant un niveau de LDL-c moyen aux alentours de 149 mg/dL, habituellement considérés comme des sujets à faible risque selon l’évaluation traditionnelle du RCV à 10 ans.

  • Faut-il pour autant élargir la prescription des statines ? Le fait que le bénéfice-risque des statines ne soit pas généralisable à tous les sous-groupes de patients est une limitation majeure, ainsi que la faible adhésion des patients aux traitements chroniques. Mais ce travail permet d’apporter des éléments de discussion sur l’utilité à long terme des statines.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Les groupes de patients pouvant bénéficier des statines en prévention primaire à 10 ans est encore sujet à discussion. En 2016, une équipe de chercheurs a développé un modèle décrivant que les statines pourraient apporter un bénéfice à des sujets jeunes à taux élevé de LDL-c actuellement non inclus dans les recommandations. La même équipe vient de mener une évaluation à 30 ans en utilisant les mêmes calculs.

Méthodologie

  • Le travail d’analyse a été mené à partir de l’étude NHANES (National Health and Nutrition Survey) et a utilisé des données issues des collecte de 2009-2010, 2011-2012 et 2013-2014 pour constituer une population représentative de la population américaine de 40-60 ans non traitée par statines, sans maladie cardiovasculaire ou diabète, ni de taux de LDL-c supérieur à 190 mg/dL.

  • Le calcul du risque cardiovasculaire à 10 ans a été mené selon les recommandations de l’AHA/ACC, et le calcul du risque à 30 ans à partir du modèle de prédiction issu de l’étude de Framingham. Ensuite, la réduction absolue du risque à 10 ans et à 30 ans liée à l’usage de statines a été calculée en utilisant la formule recommandée par l’European Atherosclerosis Society Consensus Panel. Les auteurs ont comparé le nombre de personnes éligibles à un traitement par statines et leurs caractéristiques en utilisant le seuil de risque cardiovasculaire à 10 ans de 7,5% (AHA/ACC), le seuil minimal de réduction absolue du risque (RAR) à 10 ans de 2,3% et de 15% à 30 ans.

Principaux résultats

  • La cohorte utilisée pour l’analyse rassemblait 1.688 individus.

  • Dans cette population, l'éligibilité à un traitement par statines serait de 9,5% sur la base du risque cardiovasculaire à 10 ans et de 13,0% et 17,5 % sur la base de la RAR définie à 10 ans ou à 30 ans.

  • Les patients constituant la fraction éligible au traitement selon la RAR définie à 30 ans étaient en moyenne plus jeunes (50 ans vs 56 ans) et plus souvent des femmes (43% vs 22%) que dans les deux autres groupes. Ils présentaient également un risque CV calculé à 10 ans plus faible (4,7% vs 9,3%) et des taux de LDL-c plus élevés (149 vs 110 mg/dL) que ceux éligibles au traitement selon la RAR à 10 ans.

  • Cette estimation, menée à partir d’une cohorte représentative de 56,6 millions d’américains permettait d’évaluer le nombre d’évènements cardiovasculaire prévenus compris entre 204.000 et 296.000 à 10 ans et entre 1,18 et 2,03 millions à 30 ans.

Principales limitations

  • Les seuils utilisés concernant la RAR étaient arbitraires.

  • Les risques liés aux statines (diabète, atteintes musculaires) n’ont pas été inclus dans le calcul.

Financement

L’étude a reçu un financement d’une fondation canadienne.