Sous-utilisation de la contraception d’urgence : mieux informer les femmes


  • Serge Cannasse
  • Univadis Actualités Médicales
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L’accès à la contraception d’urgence (CU) a été grandement facilité depuis son autorisation en 1999 avec une forme à base de levonorgestrel : autorisation de délivrance par les infirmières scolaires (2000) et les services de médecine universitaire (2012), accès sans ordonnance à la forme à base d’ullipristal acétate (ayant une période d’efficacité plus longue) en 2015, délivrance gratuite par les pharmaciens aux mineures, sans vérification de leur identité. Son utilisation a augmenté jusqu’en 2010, en particulier chez les femmes de moins de 30 ans. Cependant, à partir de la « crise de la pilule » de 2012, déclenchée par la plainte d’une patiente en raison de la survenue d’un accident thromboembolique veineux, une baisse importante de l’utilisation des pilules oestroprogestatives et un recours accru aux méthodes « mécaniques » (stérilet et préservatif) ont été observées. Qu’en a-t-il été pour la CU ?

Pour le savoir, une équipe de chercheurs de Santé publique France a examiné les données de l’enquête Baromètre santé 2016. Elle a identifié un groupe de 3.395 femmes âgées de 15 à 49 ans, exposées à un risque de grossesse non prévue (femmes ayant eu un rapport sexuel avec un homme au cours des 12 mois précédant l’enquête, non enceintes, non ménopausées et sans méthode de contraception définitive).

Parmi elles, 6,2% ont eu recours à la CU, avec un taux d’utilisation décroissant fortement avec l’âge : 21,4% chez les 15-19 ans, 9,8% chez les 20-24 ans, 5,2% chez les 30-39 ans et 1,5 % chez les 40-49 ans. La majorité n’y a eu recours qu’une seule fois dans l’année (70,0%), mais là aussi l’âge jouait : parmi celles qui l’ont utilisée, 33,6% des femmes de moins de 30 ans l’ont fait au moins deux fois, versus 22% des femmes de plus de 30 ans.

Aucune différence de recours n’a été observée selon le niveau d’étude, la situation financière ou les variables caractérisant l’accès aux soins (renoncement aux soins et date de la dernière consultation gynécologique).

En revanche, la fréquence du recours à la CU augmentait avec la taille de l’agglomération de résidence (4 fois plus de femmes utilisatrices en région parisienne qu’ailleurs), le nombre de partenaires déclaré au cours des douze derniers mois, l’utilisation d’une méthode hormonale de contraception (pilule, patch ou anneau) et la bonne connaissance des délais de prise et la perception d’une bonne efficacité de la CU. Ce recours diminuait chez les femmes utilisant le préservatif comme principal moyen de contraception (7,3% d’entre elles) ou n’ayant aucune méthode contraceptive (2,0%).

Les auteurs notent que le recours à la CU reste stable depuis 2010 (autour de 11%), malgré la facilitation de son accès. Pour eux, il s’agit essentiellement d’un problème d’information, même si d’autres explications peuvent être avancées. En effet,un nombre élevé de femmes ayant recours à une IVG persiste et, parmi elles, un très grand nombre n’ayant pas utilisé la CU (neuf sur dix) par défaut d’identification du risque de grossesse. De plus, il est très probable que la fenêtre d’efficacité de la CU soit mal connue des femmes. Les auteurs plaident donc en faveur d’une promotion de l’information sur la CU, « une méthode de rattrapage sûre, accessible et efficace. »