Sommeil et déclin cognitif : ni trop, ni trop peu

  • Ma Y & al.
  • JAMA Netw Open
  • 1 sept. 2020

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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Messages clés

  • Il existe une association significative en forme de U inversé entre la durée du sommeil et la fonction cognitive d’une part, et son déclin d’autre part. Les durées de sommeil ≤4 heures par nuit ou ≥10 heures sont associées à une fonction cognitive initiale moins élevée, et à un déclin cognitif plus rapide durant le suivi. La mémoire apparaît comme étant le principal domaine cognitif altéré parmi les 3 domaines mesurés (mémoire, fonction exécutive, orientation).

 

Certaines études ont décrit l’association entre le sommeil et la fonction cognitive des sujets âgés, mais les données décrivant la relation entre le sommeil et le déclin de cette fonction sont contradictoires, principalement parce qu’elles sont issues d’effectifs limités. Des chercheurs chinois ont compilé les données de deux cohortes en population âgée, l’une chinoise (CHARLS), l’autre britannique (ELSA), afin d’obtenir une forte puissance statistique.

Présentation des deux cohortes

ELSA ( English Longitudinal Study of Ageing ) a débuté en 2002-3 auprès de sujets de 50 ans ou plus, et repose sur une évaluation bisannuelle. La durée de sommeil a été évaluée en 2008-9 et le suivi a été mené jusqu’en 2016-17. L’analyse a été menée à partir de 9.254 participants (moyenne d’âge 64,6 ans, 55,9% de femmes, durée médiane de suivi 8 ans).

CHARLS ( China Health and Retirement Longitudinal Study ) a débuté en 2011 auprès de sujets de 45 ans ou plus et repose sur une évaluation annuelle jusqu’en 2015. L’analyse a été menée à partir de 10.811 participants (âge moyen 57,8 ans, 50,2% d’hommes, 4 ans de suivi).

La durée de sommeil était recueillie par autoquestionnaire et les fonctions cognitives évaluées par la conduite de tests relatifs à la mémorisation, la fonction exécutive et l’orientation. L’analyse des fonctions cognitives a été menée en calculant le z-score (écart par rapport à la moyenne en déviation standard) pour les trois composantes, et un z-score global moyennant les trois types d’évaluation.

Principaux résultats

L’analyse des z-scores globaux montre que les personnes déclarant au moins 8 heures de sommeil par nuit, ou moins de 4 heures par nuit ont un score cognitif statistiquement plus faible que le groupe de référence (7 heures par nuit). Cette observation était confirmée pour les 3 composantes évaluées prises isolément, hormis l’absence de lien entre une durée de sommeil d’au moins 9 heures et la mémorisation.

À partir de 100.000 personnes-années de suivi, l’analyse ajustée des données suggère que le déclin cognitif des personnes dormant chaque nuit 4 heures maximum ou plus de 10 heures est plus rapide que celui des patients dormant 7 heures par nuit en moyenne : le z-score global était négatif (respectivement -0,022 [-0,035 à -0,009] et -0,033 [-0,054 à -0,011] par an versus le groupe de référence, p significatifs). Prises isolément, les trois fonctions cognitives montraient que la mémoire était la principale fonction altérée par une durée de sommeil insuffisante ou excessive.

Il s'agit d'une étude observationnelle qui ne permet de démontrer un lien de causalité, d’autant que celui-ci pourrait être inverse, une durée de sommeil excessive ou courte pouvant constituer une manifestation précoce d’une déficience cognitive.