Soins psychiatriques en milieu pénitentiaire : manque de moyens humains et disparités géographiques


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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La prévalence des troubles psychiatriques est très importante en détention : une personne sur trois présenterait des troubles sévères et le taux de mortalité par suicide y est sept fois plus élevé que dans le reste de la population. La loi prévoit que les personnes incarcérées doivent pouvoir recevoir des soins de qualité équivalente à celle des soins reçus par la population générale. Aussi, un dispositif en trois niveaux a été implanté en France : 

  • soins psychiatriques ambulatoires assurés par les USMP (unité sanitaire en milieu pénitentiaire), 

  • suivi des hospitalisations de jour au sein d’unités sanitaires implantées dans les services pénitentiaires de type SMPR (service médicopsychologique régional) 

  • hospitalisation à temps complet dans des UHSA (Unité hospitalière spécialement aménagée) au sein d’établissements de psychiatrie générale ou encore dans des UMD (unités pour malades difficiles) lorsqu’il existe une notion de danger.

Parce qu’il existe peu de données au sujet de l’accessibilité et l’efficience des dispositifs de soins mis en place dans ce domaine, une équipe lilloise a mené une étude régionale à partir des données médico-administratives de l’année 2016, soit 8.869 détenus répartis dans 20 prisons, toutes disposant d’une USMP, ainsi que 3 SMPR et 1 UHSA.

USMP et SMPR : un manque notable de moyens humains

Selon cette analyse, il existait au sein des établissement régionaux 27,7 postes de psychiatres pour 16,8 occupés, soit 0,03 ETP (équivalent temps plein) pour 100 détenu(e)s. Il en était de même pour les psychologues et les infirmier/ères en psychiatrie avec respectivement 55,3 postes  dont 50,3 occupés (0,65 ETP/100 personnes) et 66,9 postes dont 64,7 occupés (1,14 ETP/100 personnes). Il existe par ailleurs une forte disparité d’offres entre les établissements, et ce sont ceux où USMP et SMPR sont tous deux présents qui sont les mieux dotés en psychiatres.

Hospitalisations à temps complet : accès inégal à l’UHSA

Les chercheurs ont identifié 7,1 hospitalisations en UHSA pour 100 détenus. Il existait une corrélation négative entre le temps de trajet entre l’UHSA et la prison et le nombre d’hospitalisations à l’UHSA pour chaque établissement pénitentiaire. Cependant, cette corrélation n’est pas retrouvée concernant les hospitalisations toutes orientations confondues. L’analyse des données suggère qu’en cas d’éloignement géographique, les hospitalisations pour motif psychiatrique sont plus volontiers orientées vers un secteur psychiatrique de proximité. L’hôpital de Rouvray dispose par exemple d’un accueil spécifique pour les personnes détenues au sein de la structure de psychiatrie classique, mais ce type d’initiative reste rare sur le territoire.

Aussi, si les UHSA représentent une avancée importante pour les personnes détenues ayant des troubles psychiatriques sévères justifiant l’hospitalisation, leur accessibilité et leur capacité d’accueil restent problématiques. La prise en charge de ces personnes, ainsi que celles ne relevant pas d’une hospitalisation, reste significativement perfectible...