Signature bactérienne intestinale et cancer hépatique


  • Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir 

Une étude pilote montre que la biodiversité du microbiote intestinal pourrait être impliquée dans le développement et la progression du cancer hépatique primitif. Enterobacter ludwigii était notamment sur-représenté chez les sujets souffrant de cancer hépatique primitif et le ratio Firmicutes/Bacteroïdetes (signe de dysbiose intestinale) diminuait significativement avec la progression de la maladie. Par ailleurs, selon les auteurs, Veillonella qui s’est révélé être fortement corrélé à l’alphafoetoprotéine (AFP) dans le groupe cancer hépatique primitif pourrait éventuellement constituer un marqueur du développement de ce dernier. 

Quel impact en clinique ?

Le rôle de la dysbiose intestinale dans le développement du cancer hépatique primitif n’est pas totalement élucidé. De fait, cette étude contribue à une meilleure compréhension de l’impact des variations de la flore intestinale aux différents stades d’évolution vers ce type de cancer. Par ailleurs, il était intéressant de mettre en évidence que certaines espèces pourraient constituer des marqueurs  carcinologiques précoces.

Méthodologie

Cette étude de petite envergure a été menée en Chine octobre 2016 et octobre 2017. Les échantillons de selles des participants ont été collectés et l’ADN des bactéries fécales isolé. Le pyroséquençage à haut débit de l’ADNr 16S a été utilisé pour mettre en évidence la diversité bactérienne entre les sujets sains contrôles, ceux souffrant de cirrhose hépatique et ceux souffrant de cancer hépatique primitif. 

Principaux résultats

Au total, 71 sujets ont été inclus dans cette étude. L’âge moyen des participants était de 51,8 ans. Parmi ces individus, 24 souffraient de cirrhose hépatique (cirrhose post-hépatite (10 cas), cirrhose alcoolique (6 cas), cirrhose auto-immune (4 cas) et autres (4 cas)) ; 24 sujets souffraient de cancer hépatique primitif (carcinome hépatocellulaire confirmé (10 cas), cholangicarcinome (8 cas) et cancer hépatique mixte (6 cas)) et 23 patients étaient des sujets sains. Les sujets du groupe cancer hépatique primitif avaient des taux d’aspartate-aminotransférase (ASAT), d’alanine-aminotransférases (ALAT), et d’alphafoetoprotéine (AFP) significativement supérieurs aux groupes des sujets sains ou à ceux souffrant de cirrhose hépatique. La diversité des Firmicutes tendait à diminuer entre les patients sains et le sujets souffrant de cirrhose hépatique ou de cancer hépatique primitif. Enterobacter ludwigii était beaucoup plus abondant dans le groupe cancer hépatique primitif que dans les deux autres groupes (jusqu’à 100 fois plus en abondance relative).Le ratio Firmicutes/Bacteroïdetes diminuait significativement avec la progression de la maladie. Les analyses ont également montré que Clostridia était prédominant dans le microbiote intestinal des sujets sains, alors qu’EnterococcaceaeLactobacillalesBacilli et Gammaproteobacteria pourraient être utilisés comme marqueurs du cancer hépatique primitif.  D’autres types d’analyses ont également mis en évidence une corrélation entre la biodiversité du microbiote intestinal et certains facteurs cliniques comme les taux d’ASAT, d’ALAT, et d’AFP. Par exemple, Veillonella était corrélé de manière positive avec l’AFP dans le groupe de cancer hépatique primitif alors que Subdoligranulum était corrélé négativement avec l’AFP chez ces mêmes patients.