Sevrage alcoolique : le rôle de la neuroplasticité

  • Dr Claire Lewandowski

  • JIM Actualités médicales
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

La désintoxication après une consommation chronique d'alcool est un processus long et complexe avec un risque de rechute toujours très élevé. Comprendre les raisons qui mènent à la rechute est un enjeu crucial dans l'amélioration des traitements. L'examen de la neuroplasticité cérébrale, c'est-à-dire les modifications qui se produisent au niveau du système nerveux sous l'effet de la consommation chronique d'alcool est un domaine de recherche prometteur.

L'abstinence complète ou une consommation modérée permettent d'effacer les conséquences physiologiques et psychologiques délétères de l'exposition à l'alcool. Cependant des études récentes ont montré que cette « récupération » est moindre en cas de dépendance sévère et en cas de nombre de rechutes élevé. Ceci serait lié à des altérations neuronales au niveau des circuits du système nerveux impliqués dans la régulation des émotions et la prise de décision.

Des preuves récentes dans la littérature neurobiologique indiquent qu'une neuroplasticité du circuit entre le cortex préfrontal, le striatum et le système limbique (PSL), régissant les émotions, la prise de décision et le contrôle, en relation avec l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (l'axe du stress), contribue à l'alcoolodépendance mais aussi au risque de rechutes.

Ces études suggèrent que le circuit PSL, et en particulier le striatum, joue un rôle clé dans le développement de l'alcoolodépendance et continue d'influencer la maladie en affectant la récupération neuronale. Les chercheurs suggèrent que la conservation d'un circuit de PSL intact est essentielle pour pouvoir surmonter l'envie de boire et donc la rechute. Ces remaniements neuronaux engendrent des symptômes concomitants, tels que le stress et les troubles du sommeil, qui peuvent servir de marqueurs de rechute de mauvaise récupération à long terme.

Bien que d'autres travaux soient nécessaires pour comprendre la relation entre la réponse neuronale au stress, le traitement et la récupération précoce, les données disponibles suggèrent que ces neuroadaptations jouent un rôle important. Elles modifient les capacités à faire face à une situation de stress et accroissent la vulnérabilité à la rechute, en particulier lors de circonstances difficiles de la vie.

Les signes de cette altération du circuit PSL et de l'axe du stress sont encore trop peu considérés dans les prises en charge actuelles de l'alcoolodépendance. Le développement de nouvelles stratégies thérapeutiques qui ciblent ces biomarqueurs permettrait de limiter ces neuroadaptations et d'améliorer considérablement les chances de guérison de l'alcoolodépendance. L'utilisation de la stimulation cérébrale profonde ou encore de la thérapie pleine conscience a montré une efficacité significative dans la désintoxication et la prévention des rechutes en limitant les altérations neuronales chez ces patients.