Seules 27% des Françaises ont recours à la reconstruction mammaire post-mastectomie pour cancer du sein. Pourquoi ?

  • Régis C & al.
  • Breast
  • 6 août 2018

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude française de large envergure montre la forte hétérogénéité du recours à la reconstruction mammaire post-mastectomie pour cancer du sein. Alors que cet acte est pris en charge par la Sécurité sociale, seules 27,4% des femmes qui ont subi une mastectomie y auraient recours. L’âge serait le principal facteur associé à une diminution du recours à la chirurgie réparatrice. En effet seules 7,5% des femmes de 65 ans et plus en bénéficieraient et celles-ci choisiraient plus que d'autres femmes un centre expert. La reconstruction mammaire serait moins fréquente lorsque le niveau socio-économique de la patiente est faible. L’accès à la chirurgie réparatrice dépendrait également de la densité en chirurgiens plasticiens dans la région considérée.

Pourquoi cette étude a-t-elle été menée ?

Si les bienfaits psychologiques, physiques et sur le bien-être sexuel de la reconstitution mammaire ne sont plus à démontrer, les auteurs de cette étude ont souhaité mieux comprendre les facteurs influençant le non-recours à la chirurgie réparatrice post-cancer en France.

Méthodologie

L’ensemble des données de mastectomies primaires pour cancer du sein réalisées en 2012 ont été extraites des bases médico-administratives (Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information, PMSI) et ont été reliées aux chirurgies de reconstruction mammaire réalisées entre 2012 et 2015.

Principaux résultats

Au total, 19.466 femmes ayant subi une mastectomie en 2012 ont été incluses dans l’étude. L’âge médian était de 62 ans ; les femmes de 65 ans et plus représentaient 42,7% de la population. Sur l’ensemble des femmes incluses, 5.328 (27,4%) ont bénéficié d’une reconstruction mammaire (pour 12,7%, celle-ci a été immédiate et pour 13,7% tardive).

Les facteurs impactant la reconstruction mammaire étaient :

  • L’âge. La diminution du recours à la reconstruction mammaire était perceptible dès 35 ans, et accentué entre 50 et 70 ans. Seules 7,5% des femmes ≥65 ans ont eu recours à la reconstruction mammaire contre 42,1% parmi les plus jeunes. L’âge impactait également le délai avant la reconstruction mammaire. Les femmes les plus âgées bénéficiaient plus souvent d’une reconstruction immédiate (65,6% immédiates versus 34,4% tardives), alors que la répartition était à peu près équivalente chez les plus jeunes (47,8% immédiates, 52,2% tardives).
  • Le niveau socio-économique, mesuré par l’indice de défavorisation sociale (FDep). La reconstruction mammaire serait significativement moins fréquente dans les zones à niveau socio-économique faible (p
  • L’offre médicale. Les reconstructions mammaires seraient plus fréquemment réalisées en centres anti-cancer (35,0%), puis en hôpital universitaire (29,8%), en hôpital privé (25,9%). 
  • La taille de l’établissement. Le taux de reconstruction mammaire était presque 4 fois plus important dans les plus gros hôpitaux par rapport aux structures les plus petites (odds ratio 3,93 [3,18-4,84]). Après analyses multivariées avec ajustement sur de nombreuses variables (patient, hôpital, région), le taux de reconstruction mammaire restait significativement différent entre des hôpitaux de même taille, ayant un recrutement similaire et situés dans la même région. Une différence qui pourrait en partie s’expliquer par les variations de la densité en chirurgiens plasticiens.

Principales limitations

Manque de données sur les décès survenus, l’origine ethnique, le statut marital, l’administration d’un traitement adjuvant, la spécialité du chirurgien ayant réalisé la mastectomie. Or, ces données peuvent constituer des facteurs confondants.