Ségur de la santé : les internes en médecine ne veulent pas être oubliés


  • Serge Cannasse
  • La Tribune
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Fortement impliqués pendant le pic épidémique de COVID-19, les internes en médecine réclament leur place au « Ségur de la santé » lancé par Olivier Véran. Dans sa contribution, l’ISNAR-IMG (InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale) souligne que sans eux, « certains services hospitaliers ne peuvent pas fonctionner. » Or cela passe par des compromis difficiles entre leur formation, leur vie personnelle et leur mission de soin. Une enquête récente a montré que près d’un interne sur deux travaille plus de 48 heures par semaine. De plus, l’allongement de la durée de travail est essentiellement hospitalière : « La durée de stage hebdomadaire moyenne à l’hôpital est supérieure de 32,5% à celle des stages ambulatoires de Médecine Générale. » En 2017, dans une autre enquête, deux jeunes médecins sur trois déclaraient souffrir d’anxiété, près de 30% avait des symptômes de dépression et 24% des idées suicidaires.

Le syndicat formule une série de revendications précises.

Durée du travail

Les tableaux de service doivent être remplis, voire créés dans certains services (un interne sur deux déclarait ne pas en disposer), afin d’avoir une évaluation précise de la durée de travail. Elle ne doit pas dépasser 48 heures, réparties en huit demi-journées en stage et deux demi-journées hors stage, consacrées à la formation théorique. Celle-ci ne doit plus être sacrifiée au temps dévolu au stage pratique. La durée de la demi-journée doit être précisée.

Le service normal de garde comprend une garde par semaine et un dimanche ou un jour férié par mois. Il est très peu respecté : plus d’un interne sur trois fait plus de gardes que prévu et près de 60% d’entre eux ne touchent aucune rémunération supplémentaire en cas de garde excédentaire. Aussi le syndicat réclame un passage à six internes minimum (au lieu de 5 actuellement) pour remplir une ligne de garde. Les demi-gardes doivent débuter au plus tôt à 18h30 et se terminer au plus tard à minuit. Le samedi après-midi doit rester considéré comme une demi-garde. Une demi-garde doit correspondre à une demi-journée et le repos de sécurité doit être respecté.

Tout manquement aux règles du temps de travail des internes doit conduire à un réexamen accéléré de l’agrément du terrain de stage concerné. Il doit être accompagné d’un mécanisme de sanctions financières, les incitations et rappels réglementaires n’y suffisant manifestement pas.

Rémunération

Actuellement, les stages en ambulatoire sont rémunérés par le CHU de rattachement de l’interne et les stages hospitaliers par l’établissement d’accueil. Le syndicat demande à ce que le financement des postes d’interne soit retiré du budget des hôpitaux et fondu dans une enveloppe gérée par un organisme indépendant et couvrant la totalité de la rémunération des internes, où qu’ils soient, afin de faciliter leur mobilité.

Il réclame également une revalorisation du salaire de base (aucune n’a eu lieu depuis presque dix ans) et des indemnités de garde, ainsi que la suppression de la Contribution de Vie Étudiante et de Campus, taxe censée leur donner accès à des services dont de fait ils n’ont que rarement l’occasion de profiter.

Cette revendication salariale est soutenue dans un communiqué commun par l’intersyndicale des internes (ISNI) et par les syndicats étudiants en odontologie et pharmacie.