Ségur de la santé : Edouard Philippe promet «des choix forts, rapides et assumés»

  • Véronique Hunsinger
  • 26 mai 2020

  • Actualités Médicales par Medscape
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Paris, France --  Le Premier ministre et le ministre de la santé ont lancé lundi 25 mai le « Ségur de la santé », un cycle de concertations qui doit s’achever à la mi-juillet. Edouard Philippe dit vouloir changer la donne, notamment en termes de revalorisation salariale. Syndicats et collectifs restent méfiants.

Consultation en grande pompe avec le monde de la santé

Alors que l’année dernière a été émaillée de grandes grèves, menaces de démission et manifestions réclamant une réforme de l’hôpital public, c’est finalement la crise épidémique qui a poussé le gouvernement à renouer avec un temps de consultation en grande pompe avec le monde de la santé, une concertation confiée à l’ancienne secrétaire générale de la CFDT, Nicole Notat. Mais comme l’épidémie est loin d’être totalement terminée, c’est par visioconférence que le Premier ministre et le ministre de la santé ont lancé lundi 25 mai ce « Ségur de la santé » auquel près de 300 participants avaient été conviés, représentants de syndicats, de fédérations et de collectifs du secteur de la santé et du grand âge. 

Répondre par « des choix forts, rapides et assumés »

« Nous lançons aujourd’hui le Ségur de la santé, avec deux convictions simples : les temps que nous vivons sont exceptionnels et on ne répondra pas à une crise d’une telle ampleur par des demi-mesures mais par des choix forts, rapides et assumés » a lancé Edouard Philippe avant de défendre la stratégie du gouvernement dans les trois premières années du quinquennat. « Nous avons mis fin à la sempiternelle baisse des budgets de la santé, cessé de demander à l’hôpital de faire toujours mieux avec moins et à la médecine de ville de s’organiser sans lui en donner les moyens » a fait valoir le Premier ministre. Il a également tiré quelques leçons de la crise épidémique citant l’exemple de la télémédecine « dont l’usage a explosé depuis mars » et constatant qu’à l’hôpital « des procédures vécues comme des carcans ont été suspendus ».

Revalorisation significative et statut adapté

Aucune mesure concrète n’a été annoncée hier mais cinq chantiers ont été lancés : « reconnaissance pour nos soignants, investissement massif, agilité retrouvée, organisation territoriale et modernisation par le numérique ». Le plus attendu reste celui de la rémunération. « Sur ce point, je le dis sans ambiguïté, la revalorisation sera significative comme le sera l’augmentation de l’Ondam dans les années à venir » a indiqué simplement Edouard Philippe ajoutant que « la question du temps de travail n’est pas tabou ». S’agissant des médecins, il a insisté sur la question du statut. « Tel qu’il existe aujourd’hui, je ne suis pas convaincu que le statut de praticien hospitalier soit le seul adapté aux besoins et aux aspirations de la nouvelle génération de médecins » a-t-il estimé.

Réforme des urgences et de la psychiatrie

Sur le sujet du financement de l’hôpital, il n’y a probablement pas de révolutions à atteindre. Conformément aux objectifs annoncés au début du quinquennat : la réforme de la T2A promise doit désormais être mise en œuvre, le financement à la qualité devra être plus important, les financements supplémentaires pour l’hôpital notamment la reprise d’une partie de leurs dettes annoncées en novembre dernier seront complétés d’un « vaste plan d’aide à l’investissement ». Enfin en 2021, la réforme du financement de la psychiatrie, des urgences devront être mises en oeuvre.

Retours d’expérience et consultations tout azimut

Le Premier ministre ne semble pas non plus partisan d’un big bang de la gouvernance hospitalière. « J’observe pour ma part que pendant la crise, ces règles de gouvernance n’ont pas posé de réelle difficulté, a-t-il glissé. Ma conviction profonde est que la réponse réside bien plus dans le mode de management que dans les règles de gouvernance ».

Concrètement, le ministère de la santé a indiqué la phase de concertation allait durer jusqu’à la fin du mois de juin sous la houlette d’un « comité Ségur national » et un groupe de travail spécifique sur les carrières et les rémunérations. En parallèle, des « retours d’expériences dans les territoires » vont être organisés à partir du 29 mai ainsi qu’une consultation en ligne via un « espace d’expression dématérialisée » qui sera ouvert début juin.

Le CIH maintient la pression

Fautes d’annonces concrètes, les réactions du monde de la santé sont, à ce jour, encore prudentes. Les premiers à réagir ont été les membres du Collectif inter-hôpital (CIH) qui s’est formé l’année dernière. Pour « rétablir la confiance », ils réclament « une revalorisation significative des bas salaires pour les personnels hospitaliers » et un « moratoire immédiat sur la fermeture de lits jusqu’à réévaluation des inégalités et des besoins dans chaque territoire avec notamment une suspension des fermetures de lits dans les projets emblématiques de restructuration hospitalière » comme Caen, Nice ou Paris. Le CIH demande « des actes immédiats, un calendrier, un chiffrage des mesures adoptées » car « le Premier ministre l’a dit, les diagnostics ont été posés, il est temps d’agir, maintenant ».

Méfiance, méfiance

La CGT santé action sociale est beaucoup plus critique, particulièrement mécontente que l’organisation de la concertation ait été confiée à l’ancienne secrétaire générale de la CFDT. « Ces manœuvres traduisent bien l’état d’esprit pour la suite : mettre en avant les moins représentatifs pourvu qu’ils aient la bonne étiquette de réformiste, dénonce le syndicat. C’est regrettable car ce sont justement les validations et accompagnements de toutes les réformes destructrices par eux, qui ont conduit l’Hôpital dans l’état où il se trouve ». Très sceptique, le syndicat infirmier SNPI a également réclamé « de véritables négociations et non un simulacre de grand débat réunissant des personnes en convention pour que le gouvernement ne change rien à ses positions de départ ». « Tous les problèmes ne seront pas réglés d’ici les semaines à venir, a estimé Eve Rescanières, secrétaire générale de la fédération santé sociaux de la CFDT. Nous devons agir sur le long-terme notre plan B est prêt ». Pour les infirmières, l’Ordre profite de l’occasion pour demander « au-delà de la nécessaire reconnaissance financière », « une reconnaissance de la contribution réelle des infirmiers à l’offre de soins » via notamment la révision des textes réglementaires encadrant l’exercice de la profession et lui donnant davantage de compétences.

Les syndicats d’internes et la médecine de ville se font entendre

Les syndicats d’internes ont également insisté sur leurs attentes en matière de rémunération. « Sans revalorisation significative depuis 2010, les internes exigent une augmentation de leur salaire et des indemnités de gardes et d’astreintes, écrivent dans un communiqué commun l’Isnar, l’Isni, la FNSIP-BM et le SNIO. En tenant compte de l’inflation, le pouvoir d’achat des internes a ainsi été amputé de plusieurs centaines d’euros par mois ».

La médecine de ville s’est également fait entendre. AvecSanté, l’association qui regroupe les organisations de soins coordonnés, rappelle que la « réponse ne peut se limiter aux seuls besoins de l’hôpital public, même si la réponse à ces besoins est cruciale ». Les généralistes de la CSMF redoutent que « le virage ambulatoire » fasse les frais de la réforme alors que « la France souffre d’un trop d’hôpital générant des dépenses de santé excessives ». Le constat est partagé par le syndicat de généralistes MG France qui plaide pour une « accélération de l’organisation des soins de ville autour des communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) dont on a mesuré l’importance durant la crise sanitaire ».

Propositions au début de l’été

Enfin, les associations de patients, qui avaient déploré pendant la crise épidémique de ne pas avoir été écoutés, ont bien été invités au Ségur. « Plus que jamais, après trois lois de santé inabouties (2009, 2016 et 2019), il est temps d’envisager la santé comme un bien commun et non comme une ligne de dépenses » a fait savoir la fédération France assos santé dans un communiqué.

Il n’y a a priori pas de projet de loi prévu pour mettre en musique les propositions qui sortiront de cette concertation au début de l’été. Mais elles devront être traduite, à l’automne, dans le budget de la Sécurité sociale 2021, alors que celui de cette année devrait afficher à déficit historique à plus de 41 milliards d'euros.

 

Cet article a été publié initialement sur Medscape.fr