SDHI : appliquer le principe de précaution ou pas ?


  • Serge Cannasse
  • Actualités Médicales
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Le 16 avril 2018, dans une tribune publiée par un quotidien national, des scientifiques alertaient sur les risques potentiels pour la santé de l’usage en agriculture des fongicides inhibiteurs de la succinate deshydrogénase (SDHI), dont onze sont autorisés en France. Ces substances empêchent le développement de certains champignons et moisissures affectant les cultures en bloquant une enzyme impliquée dans la respiration cellulaire.

À la suite de cette publication, l’ANSES s’est autosaisie pour examiner les allégations avancées par ces scientifiques. Elle a constitué un groupe d’experts, qui a notamment auditionné les chercheurs signataires de l’appel et a consulté la littérature disponible sur le sujet ainsi que les bases de données internationales et les données de surveillance, de vigilance et de contrôle.

Ses conclusions sont formelles : « Le niveau des expositions alimentaires totales rapportées aux seuils toxicologiques actuellement établis est faible et les dépassements de limites maximales de résidus pour ces substances actives sont exceptionnels. » Elle ajoute que les SDHI sont rapidement métabolisés et éliminés. Enfin, aucune donnée ne suggère « une augmentation de l’incidence des cancers spécifiques associés au déficit en SDH chez l’homme non porteur de mutation, malgré une commercialisation parfois ancienne de ces molécules . »

L’ANSES considère cependant que « le dossier n’est pas clos . » Elle déclare poursuivre les investigations et participer aux travaux relatifs aux méthodologies d’évaluation des risques liés aux usages des produits phytopharmaceutiques. Pour Pierre Rustin, spécialiste des maladies mitochondriales (INSERM, Université Paris Diderot) et un des signataires de l’alerte, cela ne suffit pas : le rapport de l’ANSES est « faussement rassurant » du fait des nombreuses incertitudes qui subsistent sur les SDHI. Pour lui, le principe de précaution impose d’arrêter leur utilisation. Il annonce la publication d’une étude montrant leurs effets « spectaculaires » dans certaines conditions. Et conteste la compétence sur le sujet des experts réunis par l’ANSES.