SCOOP : arguments en faveur du dépistage organisé du risque fracturaire


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • L’étude SCOOP a randomisé 12.495 femmes de 70-85 ans entre un programme de dépistage du risque de fracture et un suivi classique : à 5 ans, l’incidence de fractures liées à l’ostéoporose (critère principal d’évaluation) était identique entre les deux groupes (HR : 0,94 [0,85-1,03], p=0,178). En revanche, le risque spécifique de fracture du col du fémur (critère secondaire) était significativement réduit de 28%. La fréquence de ces évènements à 5 ans était diminuée de 0,9% en valeur absolue : le dépistage permettrait ainsi de prévenir une fracture de la hanche tous les 111 sujets.
  • Les auteurs se veulent prudents sur l’interprétation des résultats car les fractures du col fémoral ne constituaient que le critère secondaire d’évaluation. Cependant, SCOOP est la première étude à démontrer un bénéfice en matière de réduction de la fréquence des fractures. De plus, la mesure parallèle de l’anxiété montre que ce protocole n’engendre pas d’inquiétudes chez les femmes qui en bénéficient. Enfin, les évaluations préliminaires conduites par les chercheurs semblent montrer que le programme est efficace sur le plan médico-économique. Une analyse plus approfondie est néanmoins en cours.

Le principe du programme

En pratique, le dépistage organisé reposait sur l’utilisation à l’inclusion de l’outil FRAX, permettant de déterminer le risque sur 10 ans de fracture de la hanche ou de fracture majeure ostéoporotique. La valeur du score individuel était comparée à celle du seuil défini comme à risque pour chaque tranche d’âge (entre 5,18 et 8,39% entre 70-74 ans et à 85 ans). Lorsque la patiente était considérée comme à risque élevé de fracture, elle et son médecin traitant recevaient une lettre invitant à réaliser une mesure de la DMO (densité minérale osseuse) par absorptiométrie biphotonique aux rayons X (DXA). Si la valeur individuelle de DMO dépassait celle du seuil défini pour chaque tranche d’âge (entre 5,24 et 8,99% entre 70-74 ans et à 85 ans), la patiente et son médecin recevaient un courrier les invitant à discuter une prise en charge thérapeutique.

Principaux résultats

  • Les 12.495 femmes de 70-85 ans ont été randomisées entre un programme de dépistage du risque de fracture et un suivi classique entre 2008 et 2009.
  • Selon FRAX, 49% des femmes du groupe dépistage présentaient un haut risque et ont été invitées à réaliser une DXA : 14% se sont vus recommandées un traitement anti-ostéoporotique sur la base des valeurs de DMO mesurées.
  • Au total, 15% du groupe dépistage ont reçu un traitement spécifique à la fin de la première année, contre 4% dans le groupe contrôle. Ce chiffre est resté relativement stable dans le premier groupe et a augmenté progressivement jusqu’à 10% dans le groupe contrôle au cours de la dernière année de suivi.
  • À 5 ans, 1.975 fractures liées à l’ostéoporose ont été identifiées chez 1.657 individus, dont 638 fractures du poignet (300 dans le groupe dépistage vs 338 dans le groupe contrôle) et 382 concernant le col du fémur (167 dans le groupe dépistage vs 225 dans le groupe contrôle).
  • L’incidence des fractures liées à l’ostéoporose (critère principal d’évaluation) était identique entre les deux groupes (12,9% vs 13,6%, HR : 0,94 [0,85-1,03], p=0,178) et aucune différence n’était observée selon les différents types de fractures. Seul le taux de fractures du col du fémur était différent (2,6% vs 3,5% (HR:0,72 [0,59-0,89], p=0,002).
  • Les taux de mortalité (8,8% vs 8,4% à 5 ans), d’anxiété et le niveau de qualité de vie (EQ-5D, SF-12) étaient similaires dans les deux groupes.

Méthodologie

Les femmes participantes ont été recrutées auprès de 100 généralistes britanniques. Elles ne devaient pas être traitées par anti-ostéoporotiques. Après inclusion, le suivi des femmes était assuré à 6, 12, 24, 36, 48 et 60 mois.

Principales limitations

Biais de sélection : les femmes ayant accepté de participer étaient globalement en meilleure santé, d’un niveau socio-économique supérieur et moins fréquemment à risque fracturaire que la population féminine de la même tranche d’âge.

Financement

L’étude a été financée par des fonds publics britanniques.