Sclérose en plaques, virus Epstein-Barr et cytomégalovirus : quelle association ?

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L’hypothèse hygiéniste dans la survenue de la sclérose en plaques semble de plus en plus crédible. Elle repose d’une part, sur le lien qui a été décrit entre des antécédents de mononucléose infectieuse (MI) liée au virus Epstein-Barr (EBV) et la maladie et sur le très faible risque de SEP chez les personnes EBV-séronégatives ; ces données sont essentiellement issues de cohortes de sujets d’origine caucasienne. D’autre part, le rôle du CMV est de plus en plus mis en avant. Celui-ci, transmissible par l’allaitement, touche plus largement et précocement les enfants d’origine hispanique ou les enfants noirs-américains que les sujets d’origine caucasienne ; il est aussi plus fréquent au même âge chez les enfants issus de pays en développement que ceux des pays développés où l’infection est souvent retardée.

Des auteurs américains se sont appuyés sur ce rationnel pour conduire une étude spécifique ayant un double objectif : examiner la force de l’association existant entre les infections à EBV, à CMV et la survenue de SEP, et établir  l’implication de l’hypothèse hygiéniste ou de l’allaitement dans cette association.


Méthodologie

  • L’étude a été conduite à partir de la base de données d’une organisation de soins de santé intégrés américaine (Kaiser Permanente Southern California), qui suit plus de 4 millions de personnes, entre décembre 2011 et décembre 2014.

  • Les diagnostics confirmés de SEP et de syndrome clinique isolé (SCI) ont été recherchés dans cette population et chaque cas a été apparié avec l’origine ethnique, la date de naissance, le sexe et le niveau socio-économique, avec au moins un sujet contrôle issu de la base de données.

  • Les informations concernant les antécédents de MI, le lieu de naissance, le revenu, l’éducation, le fait d’avoir été allaité et l’appartenance à une fratrie et sa composition étaient recueillis par auto-questionnaire.

  • Les analyses biologiques utilisées pour l’étude étaient les IgG anti-EBV, EBNA-1 (informant sur le virus latent), l’antigène précoce de l’EBV et les anticorps anti-CMV. La recherche des gènes de susceptibilité HLA-DRB1*15:01 et HLA-DRB1*15:03 était aussi conduite.

  • La régression logistique multivariée a été menée par origine ethnique (hispaniques, noirs, blancs) selon les facteurs associés à un taux élevé d’EBNA-1 ou de séropositivité CMV, dont l’âge, le sexe, le niveau d’éducation, le niveau de revenus, la présence de gènes de susceptibilité, le tabagisme et la naissance dans un pays en développement.


Résultats

  • Les sujets noirs (n=111), blancs (n=235) ou hispaniques (n=173) souffrant de SEP/SCI ont été comparés à une cohorte contrôle (respectivement 128, 256 et 187 sujets).

  • Les sujets contrôle d’origine hispanique étaient plus fréquemment séropositifs vis-à-vis du CMV et nés dans un pays en développement que les sujets malades. Cette association persistait après ajustement. A l’inverse, cette association n’était pas retrouvée dans les deux autres groupes ethniques.

  • Dans les trois groupes pris isolément, le taux d’EBNA-1 et la séroprévalence étaient plus élevés parmi les sujets atteints de SEP/SCI que les sujets contrôles, avant et après ajustement.

  • Aucune association n’a été retrouvée entre l’allaitement ou l’appartenance à une fratrie et le taux d’anticorps anti-CMV ou EBNA-1. Après ajustement sur ces paramètres, les associations décrites ci-dessus persistaient.

  • Être né dans un pays en développement était associé à un risque de SEP/SCI uniquement parmi les sujets hispaniques ; à l’inverse, ce paramètre n’influençait pas l’association avec le statut EBNA-1.


Limites

  • Le modèle cas-contrôle utilisé ne permettait pas d’exclure l’idée d’une protection contre la maladie par une infection précoce par le CMV.

  • Tous les auto-questionnaires n’étaient pas complets.


Financement

É tude financée par des fonds publics américains.


À retenir

Les antécédents d'infection par l’EBV et de MI sont associés à un risque accru de SEP ou de SCI quel que soit l’origine ethnique. En revanche, la séropositivité liée au CMV n’était associée à une diminution du risque que chez les sujets d’origine hispanique. Cette association persiste après ajustement sur le niveau socio-économique et le pays de naissance, mais elle doit, selon les auteurs, être interprétée avec précaution ; l’instabilité de la relation entre CMV et SEP d’un groupe ethnique à l’autre évoque l’hypothèse d’une association non-causale. Les auteurs insistent ainsi sur l’importance des études multiethniques pour affiner les connaissances autour de la SEP.