Schizophrénie : quel sont les effets des traitements psychotropes additionnels à une monothérapie antipsychotique ?

  • Stroup TS & al.
  • JAMA Psychiatry
  • 20 févr. 2019

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir

Chez les patients schizophrènes suivant une monothérapie antipsychotique, l’adjonction d’un antidépresseur est associée à une réduction du risque d’hospitalisation psychiatrique et d’admission en service d’urgence psychiatrique, par comparaison à l’ajout d’un second traitement antipsychotique. Ces résultats confortent ceux déjà observés sur des patients scandinaves. En revanche l’ajout d’une benzodiazépine ou d’un régulateur de l’humeur apparaît plus délétère et incite à la prudence, puisque le risque d’hospitalisation et de visite aux urgences psychiatriques est augmenté sous benzodiazépines, et que le risque de mortalité est accru suite à l’introduction d’un régulateur de l’humeur, en particulier avec la gabapentine.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

Si les antipsychotiques constituent la première ligne de traitement des patients schizophrènes, ils sont souvent insuffisants pour soulager l’ensemble des symptômes et des limitations fonctionnelles. Ajout d’un nouvel antipsychotique ou adjonction d’un autre traitement psychotrope représentent les stratégies les plus courantes. Mais quelle est l’efficacité de ces traitements additionnels dans la vraie vie ? Selon de récentes méta-analyses, les antidépresseurs semblent apporter un léger bénéfice, mais l’effet des benzodiazépines et des régulateurs de l’humeur est moins clair. C’est la question à laquelle ont souhaité répondre des chercheurs de l’université de Columbia et de l’Institut Psychiatrique de l’État de New York. 

Méthodologie

Dans cette étude observationnelle, les données de la base américaine Medicaid ont été colligées sur une période de 10 ans (janvier 2001 à décembre 2010) pour examiner l’effet de l’initiation d’un traitement antidépresseur, d’une benzodiazépine, ou d’un régulateur de l’humeur (lithium ou antiépileptique en l’absence de crises épileptiques connues) par rapport à l’ajout d’un second antipsychotique, chez des sujets schizophrènes ambulatoires. Pour être inclus les sujets devaient être âgés de 18 à 64 ans et suivre une monothérapie antipsychotique de seconde génération, mais aucun autre traitement psychotrope depuis au moins 90 jours.

Résultats 

  • La cohorte étudiée comportait 81.921 sujets schizophrènes provenant de 44 états. L’âge moyen était de 40,7 ans et 45,8% d’entre eux étaient des femmes. Au cours de la période étudiée, plus de la moitié des sujets ont été exclus car ils prenaient déjà plusieurs traitements psychotropes. Parmi les sujets inclus, 31.117 sujets ont initié un traitement antidépresseur en plus de leur antipsychotique, 11.941 une benzodiazépine, 12.849 un régulateur de l’humeur et 26.014 un autre antipsychotique.
  • Par comparaison à l’introduction d’un second antipsychotique, l’initiation d’un antidépresseur était associée à une réduction du risque d’hospitalisation psychiatrique (HR 0,84 [0,80-0,88]), avec un bénéfice qui semblait plus marqué chez les sujets plus âgés (vs les plus jeunes).
  • L’introduction d’une benzodiazépine était au contraire associée à un risque un peu plus élevé d’hospitalisation psychiatrique (HR 1,08 [1,02-1,15]) et celle d’un régulateur de l’humeur n’avait pas d’effet significatif sur ce paramètre (HR 0,98 [0,94-1,03]).
  • Ces mêmes associations étaient retrouvées concernant l’admission en service d’urgences psychiatriques, avec une légère réduction du risque suite au démarrage d’un antidépresseur (HR 0,92 [0,88-0,96]), une augmentation du risque avec les benzodiazépines (HR 1,12 [1,07-1,19]) et un effet neutre des régulateurs de l’humeur (HR 0,99 [0,94-1,04]).
  • L’initiation d’un régulateur de l’humeur a également été associée à un risque accru de mortalité avec un HR de 1,31 [1,04-1,66]. En particulier, la gabapentine était responsable de 28% des décès, alors qu’elle ne représentait que 13,7% des initiations de traitement.

Limitations

Les données ne permettaient pas de savoir à quoi était dû le changement de traitement et ont pu introduire un biais d’indication malgré l’utilisation de score de propension.