Salles de consommation à moindre risque : quid de la prévention des overdoses, urgences et abcès ?

  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

  • Selon les données d’une cohorte française COSINUS, le risque de signaler un abcès, une overdose ou d’avoir une visite aux urgences est inférieur chez ceux qui fréquentent une salle de consommation à moindre risque (SCMR) par rapport à d’autres ne fréquentant pas de SCMR.
  • Cette étude présente l’avantage de prendre en compte les biais de sélection potentiels de la population participante.

Pourquoi est-ce important ?

Les salles de consommation à moindre risque françaises – improprement appelées salles de shoot- dont la première a été ouverte en 2016, visent à réduire en premier lieu les infections virales chroniques et favoriser l’accès aux soins, comme leurs homologues à l’international. Sur ces aspects, des données sur la plus-value de ces salles existent, mais celles sur d’autres aspects sont plus rares : en particulier, la réduction du risque d’overdoses, de passage aux urgences ou de développement d’un abcès ont été moins étudiés, ou l’ont été en comparant les chiffres des périodes préalables ou postérieures à l’ouverture de ces salles. L’intérêt de cette étude est de comparer les données de deux populations suivies simultanément, l’une fréquentant les salles de consommation à moindre risque, l’autre non.

Méthodologie

L’étude COSINUS est une étude multicentrique menée auprès de 4 sites où se situent une salle de consommation à moindre risque (Bordeaux, Marseille, Paris et Strasbourg). Dans le cadre de cette analyse, conduite à partir d’entretiens face-face entre 2016 et 2018, les sujets de 18 ans ou plus, utilisateurs de drogues injectables dans le dernier mois et qui étaient suivis à Paris ou Strasbourg (SCMR ouverte) ont été comparés à ceux qui étaient suivis à Bordeaux ou Marseille (SCMR non encore ouverte). Il leur était demandé s’ils avaient rencontré ces trois complications au cours des 6 derniers mois.

Principaux résultats

Au total, 662 patients ayant (36%) ou non (64%) fréquentés une SCMR ont été inclus dans cette étude (38 ans d’âge médian, 80% d’hommes, 43% ayant des conditions de vie très précaires).

Au total, 60% s’injectaient quotidiennement et 54% réutilisaient du matériel d’injection. Ils étaient principalement utilisateurs quotidiens de morphine (24%) puis de crack ou de cocaïne (22% et 11% respectivement).

Au moment de l’inclusion, ils étaient 22,3%, 5,9% et 39,6% à déclarer avoir eu au moins un abcès, une overdose ou une visite dans un service d’urgence au cours des 6 mois précédents parmi ceux n’ayant pas fréquenté une SCMR. 

Ils étaient respectivement 18,1%, 6,3% et 34,6% parmi ceux ayant fréquenté une SCMR (différences non significatives). À l’issue du 12e mois de suivi (pour ceux qui n’avaient pas été perdus de vue), la probabilité d’overdose était respectivement de 3% contre 1%, celle des abcès de 14% versus 3% et celle des visites aux urgences de 41% versus 17%. Aussi, le fait de fréquenter une SCMR serait associée à un risque moindre d’overdose non fatale (coefficient ajusté 0,47 [0,88-0,07], p=0,02) selon l’analyse multivariée. Les autres paramètres corrélés à la fréquentation du SCMR étaient l’initiation de la consommation à haut risque à un jeune âge, le fait d’avoir été injecté par quelqu’un d’autre et de ne pas avoir de problématique d’alcool.

De même, le risque d’abcès et de passage aux urgences était plus faible pour les personnes fréquentant une SCMR (-0,74 [-1.11 à -0,37] et -0,74 [-1.27 à -0,20], p significatif pour les deux). Les autres facteurs influençant le risque d’abcès était le fait d’être plus âgé, de recevoir une aide alimentaire, de s’injecter quotidiennement ou d’être injecté par quelqu’un d’autre, de réutiliser du matériel d’injection et l’absence de consommation problématique d’alcool. Les facteurs favorisant le risque de passage aux urgences identifiés étaient le fait d’avoir fait des études supérieures, de vivre en situation de précarité ou de grande précarité, d’utilisé quotidiennement du crack et d’avoir déjà présenté des complications cutanées ou des overdoses récentes.