ROR : Quels sont les départements français de plus fort risque épidémique ?


  • Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

  • Entre 2018 et 2020, parmi les maladies ciblées par la vaccination ROR, le risque le plus élevé d’épidémie concerne les oreillons, suivi par la rougeole. Le risque de rubéole reste plus modeste. Cette modélisation, réalisée par une équipe française, se fonde sur le calcul du nombre de reproduction effectif R qui correspond au nombre attendu de cas secondaires générés par un cas infectieux. Il est respectivement supérieur à 3, à 1,4 et à 1,2 pour ces trois affections.

  • Il existerait aussi une hétérogénéité territoriale : le département le plus vulnérable au risque de rougeole est la Haute-Marne (R: 3,39), tandis que celui le plus à risque vis-à-vis des oreillons est le Cantal (R:1,53). Dans une moindre mesure, l’Aveyron est le plus vulnérable vis-à-vis de la rubéole (R:1,53). Quoi qu’il en soit, tous les départements français sont concernés par un risque épidémique non nul. Le risque le plus élevé, lié aux oreillons, concerne les Côtes de la Manche, de l’Atlantique et les départements au sud d’une ligne La Rochelle- Moulins- Strasbourg. Celui lié à la rougeole est plus dispersé, et se concentre autour de la Haute-Marne et dans le Sud-Ouest de la France.

  • Les enfants de moins de 1 an seraient particulièrement touchés par ces épidémies, mais également les adolescents et jeunes adultes qui seraient les plus vulnérables.

  • Ces données remettent en cause la perception des maladies ROR comme des maladies majoritairement bénignes, le risque de complications croissant avec l’âge de survenue. La question de la couverture vaccinale de la population reste plus que jamais d’actualité.

Pourquoi est-ce important ?

Plusieurs phénomènes épidémiques de rougeole et d’oreillons ont été observés en France ou en Europe ces dernières années. La France a notamment regroupé près de la moitié des cas de rougeole recensés en Europe en 2010-2011, du fait de la faible couverture vaccinale ROR vis-à-vis de la première et, a fortiori, de la deuxième dose de vaccin. Étant donné la proportion significative des cas identifiés chez des personnes correctement vaccinées, la question de la persistance à long terme de l’immunité spécifique et de l’optimisation du calendrier vaccinal se pose. Une modélisation du risque de résurgence propre à la France permet de prévoir, anticiper et prévenir ces phénomènes.

Principaux résultats

  • La modélisation a permis d’établir le nombre de reproduction effectif R qui correspond au nombre attendu de cas secondaires générés par un cas infectieux, tout au long de sa phase de contagion, un chiffre supérieur à 1 étant associé à un risque épidémique (versus R

  • Pour 2018 et 2020, le nombre de reproduction effectif R calculé a respectivement une valeur médiane de 3,07 et de 3,39 en France métropolitaine. Ces chiffres étaient plus modeste pour la rougeole (1,46 et 1,53 respectivement) et a fortiori pour la rubéole (1,25 et 1,53 respectivement). Le chiffre le plus fort était observé pour la Haute-Marne concernant la rougeole (2,21 en 2018, +5% pour 2020), dans le Cantal concernant les oreillons (3,66, +10,5% pour 2020) et en Aveyron pour la rubéole (1,46 en 2018, +20,8% pour 2020). Dans tous les cas, tous les départements avaient un chiffre R supérieur à 1 pour la rubéole et la rougeole, qui, pour les oreillons, dépassait 2 en 2018 et 3 en 2020.

  • En cas d’épidémie, la moitié des cas de rougeole pourrait concerner les plus de 18 ans chez les hommes et les plus de 19 ans chez les femmes (19 et 20 ans en 2020), tandis que la moitié des cas de rubéole surviendrait après 16 ans et 14 ans respectivement (14 et 13 en 2020).. Concernant les oreillons, la moitié des cas auraient lieu chez les plus de 26 ans indépendamment du sexe (28 ans en 2020).

Méthodologie

L’analyse a été conduite à partir d’un modèle multi-cohorte dans lequel ont été intégrées les données sérologiques issues de deux études de séroprévalence françaises et les données concernant la couverture vaccinale départementale (issues des données administratives). Elle intègre également la susceptibilité à développer une infection par âge.

Limitations

Les doses de rattrapage vaccinal n’ont pu être prises en considération dans l’analyse.