Rompre la transmission materno-fœtale de l’hépatite B

  • Funk AL & al.
  • Lancet Infect Dis
  • 14 août 2020

  • Par Nathalie Barrès
  • Résumé d’articles
L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte. L'accès à l'intégralité du contenu de ce site est reservé uniquement aux professionnels de santé disposant d'un compte.

À retenir

Les résultats d’une méta-analyse évaluant l’efficacité et la tolérance d’une prophylaxie antirétrovirale en péripartum viennent d’être publiées dans The Lancet Infection Diseases. Les données poolées de 129 études, incluant un peu plus de 1.000 mères et 1.000 enfants soulignent une diminution du risque de transmission materno-fœtale du virus de l’hépatite B entre 84 et 90% avec l’un des trois antirétroviraux suivants : fumarate de tenofovir disoproxil, lamivudine ou telbivudine. Pour une question de barrière de résistance  des premières générations d’analogues nucléotidiques ou nucléosidiques, l’OMS recommande l’utilisation du fumarate de tenofovir disoproxil.

Pourquoi ces résultats sont intéressants ?

En 2016, l’OMS a engagé une stratégie globale visant à réduire, d’ici à 2030, le risque de contracter une hépatite B de 90% et le risque de mortalité par hépatite B de 65%. De fait, agir efficacement sur la transmission materno-fœtale est un axe opérationnel majeur. Cette action passe notamment par l’administration dans les 24 heures post-naissance d’une première dose de vaccin contre l’hépatite B combinée à une immunoprophylaxie passive par immunoglobuline anti-hépatite B. L’OMS s’appuie sur les résultats de la méta-analyse présentée ici pour recommander l’administration du fumarate de tenofovir disoproxil 300 mg dès la 28è semaine de grossesse et au moins jusqu’à l’accouchement. 

Méthodologie

Cette revue systématique de la littérature et cette méta-analyse ont inclus les essais cliniques randomisés ou non, contrôlés, publiés jusqu’en mars 2019, ayant évalué chez des femmes enceintes et porteuses d’une hépatite B chronique, une prophylaxie antivirale à n’importe quel moment de la grossesse versus un placebo ou l’absence de prophylaxie. Tous les antirétroviraux suivants pouvaient être administrés : adefovir, emtricitabine, entecavir, lamivudine, telbivudine, tenofovir, alafenamide, fumarate de tenofovir disoproxil. Les critères évalués étaient les suivants : transmission materno-fœtale (mesurée par la positivité aux antigènes HB – critère principal d’évaluation - ou la positivité à l’ADN-VHB à l’âge de 6-12 mois) ainsi que toutes complications chez la mère ou l’enfant. 

Principaux résultats

Au total, 129 études ont été retenues. Les résultats de la méta-analyse portent sur les traitements ayant été évalués dans 3 études ou plus, soit le fumarate de tenofovir disoproxil 300 mg (19 études, 1.092 mères et 1.072 enfants), la lamivudine 100-150 mg (40 études, 2.080 mères et 2.007 enfants et la telbivudine 600 mg (83 études, 6.036 mères et 5.971 enfants). Aucune méta-analyse n’a pu être menée à partir des données du telbivudine 100 mg (2 études, 65 mères, 65 enfant), de l’adefovir 10 mg (1 étude, 42 mères, 42 enfants) ou de l’adefovir 500 mg (1 étude, 258 mères, 254 enfants).

Au global, le odds ratio poolé des données issues des essais cliniques randomisés montrent que la prise de fumarate de tenofovir disoproxil, de lamivudine ou de telbivudine permettrait une diminution du risque de transmission materno-fœtale respectivement de 90%, 84% et 86% (odds ratio 0,10 [0,03-0,35], 0,16 [0,10-0,26], 0,14 [0,09-0,21]).

Les analyses similaires menées sur les études non randomisées montrent également une forte diminution du risque de transmission materno-fœtale : OR 0,17 [0,10-0,29] pour le fumarate de ténofovir disoproxil, 0,17 [0,12-0,24] pour le lamivudine et 0,09 [0,06-0,12] pour la telbivudine. La prophylaxie antirétrovirale péripartum était associée à une réduction significative de la positivité HBsAg chez les enfants âgés entre 6 et 12 mois.

Aucun sur-risque de complications chez la mère ou l’enfant n’a été mis en évidence. 

Limitations

Seules 2 études randomisées sur 33 avaient un faible risque de biais.