Risques associés aux 2e et 3e lignes de traitement post-mastectomie en France

  • Cancers (Basel)

  • Par Nathalie Barrès
  • Actualités médicales
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À retenir 

L’espérance de vie des femmes ayant reçu un diagnostic précoce de cancer du sein a fortement augmenté au cours des dernières décennies. Aujourd’hui se pose d’autres problématiques, notamment le développement de tumeurs secondaires à long terme chez les survivantes, et tout particulièrement des leucémies. Une étude française suggère qu’il est effectivement important de considérer les bénéfices de l’association d’une chimiothérapie ou d’une radiothérapie à une mastectomie au regard des risques de développer une tumeur maligne hématologique à long terme. En effet, sur un suivi de 5 ans, le risque de leucémie myéloïde aiguë serait multiplié par 1,5 et 2,1 respectivement chez celles qui bénéficiaient d’une radiothérapie ou d’une chimiothérapie en plus de la mastectomie. Et le risque de syndrome myélodysplasique était multiplié par 1,4 et 1,7 respectivement après l’association radiothérapie-chimiothérapie et chimiothérapie seule après chirurgie du sein. Ces données doivent inciter à une surveillance continue des hémopathies malignes chez les femmes traitées pour cancer du sein, et à informer les patientes des risques accrus de certaines tumeurs hématologiques. Des recherches complémentaires sont également nécessaires pour évaluer la prédisposition génétique à des tumeurs malignes secondaires.

Protocole

Les analyses ont été réalisées à partir d’une cohorte de patientes identifiées par le système national de santé public. Le risque de survenue d’une tumeur maligne hématologique a été évalué chez les femmes ayant reçu le diagnostic de cancer du sein primitif entre 2007 et 2015, ayant subi une mastectomie et reçu une première ligne de traitement anticancéreux. Les leucémies recherchées étaient la leucémie myéloïde aiguë (LMA), le syndrome myélodysplasique (SMD), les syndromes myéloprolifératifs (NMP), le myélome multiple (MM), le lymphome hodgkinien ou non-hodgkinien (LH/LNH), la leucémie lymphoblastique aigüe ou le lymphome lymphocytique (LAL/LL). Au total, 324.056 femmes étaient en vie au moment de l’étude. Parmi elles, 15,5% avaient eu une chirurgie seule, 46,7% une chirurgie et une radiothérapie, 4,3% une chirurgie et une chimiothérapie et 33,5% avaient reçu une chirurgie, une radiothérapie et une chimiothérapie.

S’interroger sur les conséquences à long terme des secondes et troisièmes lignes de traitements

Sur les 324.056 survivantes ayant eu une chirurgie et une première ligne de traitement par chimiothérapie pour cancer du sein, 2.236 cas de cancers hématologiques sont survenus au cours du suivi moyen de 4,95 ans. Le taux de survie à 10 ans de cette cohorte a été estimé à 82%. Durant la première année post-chirurgie, 46,7% des femmes ont bénéficié d’une radiothérapie seule, 4,3% d’une chimiothérapie seule, 33,5% d’une radiothérapie et d’une chimiothérapie et 15% n’ont pas eu de seconde ligne de traitement.

Le risque de leucémie myéloïde aiguë était multiplié par 1,5 chez les patientes qui avaient eu une chirurgie et une radiothérapie, par 2,1 chez celles qui avaient eu une chirurgie et une chimiothérapie et par 3,3 chez celles qui avaient reçu les 3 modalités de traitement par rapport à celles qui n’avaient eu qu’une chirurgie.

Le risque de syndrome myélodysplasique était multiplié par 1,7 après chirurgie plus chimiothérapie et par 1,4 après chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie par rapport à la chirurgie seule.

Le risque de lymphome hodgkinien ou non-hodgkinien serait quant à lui multiplié par 1,3 après chirurgie plus radiothérapie versus la chirurgie seule.

Le risque de leucémie lymphoblastique ou de lymphome lymphocytique n’était pas significativement augmenté quelles que soient les modalités de traitement. 

Le délai médian entre la mastectomie et la survenue du cancer hématologique variait entre 3,1 ans pour la leucémie myéloïde aiguë et 4,7 ans pour le lymphome hodgkinien et non-hodgkinien. Et la survie médiane après le diagnostic de tumeur maligne hématologique était de 0,8 ans pour la leucémie myéloïde aiguë, la leucémie lymphoblastique aiguë et le lymphome lymphocytique, et de 6,7 ans pour le lymphome hodgkinien et non-hodgkinien.