Risque fracturaire sous antisécrétoires : n'oublions pas les enfants !

  • Malchodi L & al.
  • Pediatrics
  • 7 juin 2019

  • Par Caroline Guignot
  • Résumé d’articles
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À retenir

Dans une étude rétrospective publiée dans Pediatrics , la prescription d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP), seuls ou combinés avec des inhibiteurs des récepteurs H 2 à l’histamine (anti-H 2 ) durant la première année de vie est associée à un sur-risque de fracture durant l’enfance de 20 à 30%. Le risque lié aux IPP seuls semble associé à la durée de la prescription et à l’âge précoce de la première prescription. Les anti-H2 seuls n’étaient pas concernés par ces différentes associations.

Si cette étude ne permet pas de démontrer la causalité, elle suggère que la prescription des antisécrétoires, et spécifiquement des IPP, soit correctement soupesée avant d’être envisagée. Lorsque c’est possible, il semble préférable de privilégier les anti-H 2 autant que possible.

Pourquoi cette étude est-elle importante ?

Depuis quelques années, un certain nombre d’évènements indésirables, jusqu’alors non décrits, ont été associés aux IPP. C’est notamment le cas du risque de fractures, accru chez les sujets âgés recevant ces traitements. Chez l’enfant, seules deux petites études s’y sont intéressées avec des conclusions contradictoires. Pourtant, les antisécrétoires sont largement prescrits dans cette population, et notamment chez les moins de 1 an face à un reflux diagnostiqué ou suspecté. Il est donc nécessaire de poursuivre les travaux sur ce sujet.

Méthodologie

Les enfants appartenant au système de santé militaire américain (MHS) nés entre 2001 et 2013 et pour lesquels le suivi était disponible entre 2 et 14 ans ont été regroupés dans la cohorte rétrospective. Ceux qui ont reçu au moins une prescription par antisécrétoires ont été comparés aux autres.

Principaux résultats

Au total, la cohorte a rassemblé 851.631 nourrissons, dont 97.286 (11%) ont initié un antisécrétoire au cours de leur première année de vie. Les principales molécules utilisées étaient les anti-H2 (73%), les IPP étant prescrits seuls dans 9% des cas et les deux classes thérapeutiques étant associées chez les 18% restants. La durée médiane de prescription était de 60 jours pour les monothérapies et de 192 jours pour les bithérapies.

Après ajustement multivarié sur le sexe, le poids et les antécédents de fracture notamment, il existait un risque de fracture accru de 23% lorsque les enfants avaient été traités au moins une fois par un IPP (HR 1,23 [1,14-1,31] et de 31% chez les enfants ayant reçu une association IPP-anti-H 2 (HR 1,31 [1,25-1,37]). Aucune association de ce type n’était identifiée concernant la prescription d’anti-H 2 seule.

Le risque de fracture après traitement par IPP était compris entre 19% en cas de prescription de moins de 30 jours, et 41% en cas de prescription de plus de 150 jours. Après combinaison IPP-anti-H 2 , le risque était accru de 17% pendant les 120 premiers jours de prescription, puis augmentait jusqu’à 50% en cas de prescription supérieure à 338 jours. Une augmentation semblait aussi caractériser les anti-H 2 seuls avant 120 jours (14-16%) et après 120 jours de prescription (22%).

Enfin, l’initiation des IPP durant les 6 premiers mois de vie était associée à une augmentation de 23% du risque de fracture, alors qu’elle était de 21% à 6-12 mois et n’était plus significative au-delà.