Risque de décès et de cancer associé à la consommation d’alcool : à partir de quelle dose ?

  • Kunzmann AT & al.
  • PLoS Med
  • 1 juin 2018

  • Par Agnès Lara
  • Résumé d’articles
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À retenir 

Une étude observationnelle basée sur un suivi de 836.740 personnes-années, montre qu’il existe une association positive entre la consommation moyenne d’alcool au cours de la vie et la mortalité. Cette association est décrite par une courbe en J pour la mortalité toutes causes et la mortalité cardiovasculaire, les buveurs légers présentant le risque minimum par rapport aux non buveurs, et aux gros ou aux très gros buveurs, y compris après ajustement sur le risque de cancer. En revanche, l’association est linéaire pour le risque de cancer. In fine, une consommation de 1 à moins de 5 verres par semaine est associée au risque combiné de décès et de cancer le plus bas.

Pourquoi cette étude a-t-elle été réalisée ?

L’association complexe entre consommation d’alcool et santé est toujours sujette à discussion. Une courbe en J semble régir le lien entre niveau de consommation et mortalité, notamment cardiovasculaire, mais l’influence sur le risque de cancer est moins clairement définie. La prise en compte de la consommation moyenne sur l’ensemble de la durée de vie reflète davantage le niveau de risque qu’une mesure instantanée, mais peu d’études jusqu’ici s’étaient penchées sur son impact, tant en termes de mortalité que de risque de cancer.

Méthodologie

Cette étude britannique a mesuré le risque de mortalité, ainsi que l’incidence des cancers en fonction de la consommation d’alcool déclarée au cours de la vie. Pour ce faire, elle a utilisé une large cohorte de 99.654 adultes (68,7% de femmes), âgés de 55 à 74 ans et ayant participé à l’essai PLCO (évaluation de l’impact des modalités de dépistage sur la mortalité par cancer de la prostate, du poumon, cancer colorectal et ovarien). La consommation moyenne d’alcool au cours de la vie était évaluée par un questionnaire qui prenait en compte le type d’alcool consommé, la quantité et la fréquence hebdomadaires aux différentes tranches d’âge : 18-24, 25-39, 40-54 et plus de 55 ans. 

Les non-buveurs étaient représentés par les sujets  ayant déclaré n’avoir jamais consommé d’alcool à quelque âge que se soit. Ceux ayant déclaré une consommation de moins de 1 verre par semaine étaient définis comme buveurs occasionnels. Une consommation de 1 à moins de 3 verres par semaine définissait les buveurs légers, 3 à moins de 5 verres/sem les buveurs plutôt légers, 5 à moins de 7 les buveurs légers à modérés, 1 à moins de 2 verres par jour les buveurs modérés, 2 à moins de 3 verres par jour les gros buveurs et plus de 3 verres par jour les très gros buveurs.

Les buveurs occasionnels étaient considérés comme ceux ayant le moindre risque de mortalité et ont été choisis comme groupe de référence pour ce paramètre. Pour les mêmes raisons, les non-buveurs ont été choisis comme groupe de référence pour ce qui concerne le risque de cancer.

Résultats

  • Au cours de la période de suivi, 836.740 personnes-années sur une durée médiane de 8,9 ans, 9.599 décès et 12.763 cancers primitifs ont été enregistrés (toutes localisations confondues, hors mélanome).
  • L’association entre dose d’alcool consommée au cours de la vie et mortalité globale suivait une courbe en J : le risque était minimum chez les buveurs légers puis augmentait avec la consommation d’alcool.
  • Par rapport à ces buveurs légers, tous les autres types de consommation augmentaient le risque de mortalité toutes causes, avec des hazard ratio respectifs chez les hommes et les femmes de 1,25 [1,11-1,40] et 1,29 [1,14-1,46] chez les non-buveurs, 1,14 [1,04-1,24] et 1,23 [1,12-1,35] chez les buveurs occasionnels, 1,19 [1,07-1,32] et 1,38 [1,07-1,78] chez les gros buveurs et enfin 1,36 [1,23-1,50] et 1,99 [1,51-2,64] chez les très gros buveurs.
  • L’analyse des causes spécifiques de mortalité montrait également une association selon une courbe en J pour la mortalité cardiovasculaire, mais cette association était linéaire concernant le risque de cancer (pas de consommation sans risque).
  • L’analyse évaluant le risque combiné de cancer et de décès chez les hommes et les femmes montrait aussi que le risque des non-buveurs (HR 1,07 [1,01-1,13]), des buveurs occasionnels (1,08 [1,03-1,13]), des gros buveurs (1,10 [1,02-1,18]) et des très gros buveurs (1,21 [1,13-1,30]), était augmenté par rapport aux buveurs légers, mais de façon plus modeste.
  • Limitations

Les sujets enrôlés étaient âgés de plus de 55 ans. Il n’a donc pas été possible d’évaluer l’effet de la consommation d’alcool chez des sujets plus jeunes. Ils avaient également un niveau d’éducation plus élevé et étaient moins fréquemment fumeurs que la population générale.

Par ailleurs, il n’a pas été possible d’évaluer les maladies cardiovasculaires dans la population étudiée.