Risque de bradycardie sinusale après chirurgie bariatrique

  • Dr Robert Haïat

  • JIM Actualités médicales
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Environ 121 000 interventions de chirurgie bariatrique sont réalisées chaque année. Ce traitement des grandes obésités réduit la morbi-mortalité cardiovasculaire, modifie les facteurs de risque et améliore l'équilibre vago-sympathique.

Occasionnellement, des cas anecdotiques de bradycardie sinusale inexpliquée ont été rapportés après une perte de poids significative mais aucune étude systématique ne leur a été consacrée.

C'est ce qui a conduit Malik et coll. à tenter de déterminer l'incidence de cette bradycardie sinusale (définie par une fréquence cardiaque de repos

Les auteurs ont revu les données de 151 patients consécutifs (âge moyen : 39 ± 11 ans ; femmes : 85 %) qui avaient bénéficié d'une intervention de chirurgie bariatrique en vue de traiter une obésité morbide (indice de masse corporelle [IMC] moyen : 48,1 ± 7,8 kg/m²). Seuls 137 patients ont finalement été inclus dans l'étude qui a évalué notamment la fréquence cardiaque de repos, la pression artérielle, l'IMC, la réserve de fréquence cardiaque, le taux du métabolisme basal et le niveau de l'activité physique.

L'indice de réserve de fréquence cardiaque était défini par la différence entre la fréquence cardiaque théorique maximale du patient (calculée par la formule 220 moins l'âge) et sa fréquence cardiaque de repos évaluée à l'état basal et au moment où il atteignait son plus faible IMC. On sait que l'indice de réserve de fréquence cardiaque est corrélé à la consommation d'oxygène et qu'il est un marqueur de l'équilibre du système nerveux autonome.

Le taux du métabolisme basal a été établi, à partir du nombre de calories/jour, grâce à un calculateur en ligne qui prend en compte l'âge, la taille, le poids et le sexe masculin ou féminin du patient (www.BMI-calculator.net/BMR-calculator).

Au cours d'un suivi de 17 ± 11,6 mois, la réduction moyenne de l'IMC pour l'ensemble de la population étudiée a été de 27,4 ± 13 %.

Une bradycardie sinusale asymptomatique a été observée chez 25 des 137 patients (18 %). Comparés à ceux qui en étaient restés indemnes, ces 25 patients avaient un IMC plus fortement abaissé (-35 ± 9,6 % vs -25,7 ± 13 % ; p=0,002), une plus grande réserve de fréquence cardiaque (116 ± 14 battements/minute vs 105 ± 14 battements/minute ; p = 0,007).

L'analyse de régression logistique multiple révèle que le risque de présenter une bradycardie sinusale augmente d'un facteur 1,078 pour chaque pourcentage de diminution de l'IMC (intervalle de confiance [IC] 95 % [1,02 à 1,31] ; p = 0,002) et d'un facteur 1,061 pour chaque augmentation d'une unité de la réserve de fréquence cardiaque (IC 95 % [1,02 à 1,10] ; p = 0,002).

En conclusion, une bradycardie sinusale asymptomatique est survenue 14 ± 11 mois après l'intervention chez 18 % des patients qui avaient bénéficié d'une chirurgie bariatrique. L'importance de la diminution de l'IMC et l'importance de l'augmentation de la réserve de fréquence cardiaque se sont avérés être les deux facteurs qui ont prédit le mieux l'apparition d'une bradycardie sinusale. Sa pathogénie n'est pas complètement élucidée mais il est cependant vraisemblable que qu'elle soit liée à la franche diminution de l'IMC et aux modifications neuro-hormonales qui lui sont associées.